30 mars 2012

Invention du paysage



En cas d'urgence, il y a deux autoroutes, l'une côté vallée du Rhône (Montélimar), l'autre côté vallée du Buech (Sisteron)... En empruntant l'un des deux itinéraires, Marseille est à trois heures de mon village. Heureusement, ma vie est ainsi faite que le mot urgence a peu d'occasions de s'appliquer. En vérité, c'est mon esprit qui ne lui accorde que peu de sens. Il m'est déjà arrivé de mettre sept heures pour accomplir ce voyage, sans pour autant avoir l'impression d'arriver en retard. En étant bien moins fatigué que si j'avais fait le trajet en trois heures. Quand je monte dans la voiture, la question n'est pas "à quelle heure je vais arriver ?" mais "quel nouvel itinéraire je vais inventer ?". Cela tient à  la fois de l'invention du paysage, en tant que le paysage, surtout s'il est familier, est un objet exotique, et du questionnement existentiel : le paysage, en effet, est une extension de mon être... une expression de mon être comme étendue. Dire d'un beau paysage qu'il est beau, c'est insuffisant. Il reste encore à déterminer en quoi il nous bouleverse et nous définit. C'est proprement vertigineux, car toujours les mots nous manquent. On ne sait jamais ce qui du lointain nous touche de si près. Le sentiment de n'être rien, peut-être, mais cela n'advient qu'en fin de vie, et cela s'appelle la sagesse. Le sentiment d'être de retour au pays de l'enfance, ce qui n'appelle aucune explication rationnelle, et c'est le propre des années d'apprentissage. 

Que dire enfin de l'arrivée à Marseille ?
Une sorte de réveil en sursaut.
Et l'on ne sait plus qui on est, d'où on vient, où on va....

28 mars 2012

Voyage au bout de l'hiver


C'était la veille du décollage de Paris CDG, j'étais passé à Lyon pour voir ma sœur, celle d'Ici finit l'exil. Il y a dans cette photo en couleur qu'on dirait monochrome tout ce qui fait l'hiver français, les courants d'air qui se glissent sous les manches, dans les cols, à l'intérieur des capuches... le repli sur soi selon une mécanique de stress, peur de manquer son train, peur de se faire remarquer, peur de se faire voler ses bagages, manque de perspective aérienne, et sans doute de perspective existentielle... Et ce décor immuable ne cesse de renvoyer en arrière, carrelage, néon, fosse, dont on n'ose formuler complètement ce à quoi il nous fait penser. Les grandes gares ont définitivement perdu leur puissance onirique, les voyages qu'elles proposent mènent sur les lieux de travail, ramènent au quotidien, et au mieux font arriver les trains à l'heure. Heureusement, une fois à bord, la rêverie du voyage nous submerge, et la fatigue même devient langoureuse. Deux jours plus tard, on descend doucement vers la terre natale, les yeux éblouis, l'esprit vaporeux. L'hiver s'est mué en été.



17 mars 2012

Café Grand-père


De l'avenir, je ne discerne pas grand-chose dans mon café. En revanche, je vois en accéléré la formation de notre galaxie, appelée Voie Lactée. Cette modélisation présente quelques avantages. Le noir du café peut se comparer au noir d'un ciel nocturne sans pollution lumineuse. Et la mousse en tournant produit immanquablement une belle spirale. Surtout, c'est assez plaisant d'être celui qui tient la cuillère. On peut alors se représenter Dieu en homme sans qualité, qui commence sa journée au café de son village, trouvant pour chaque sujet de conversation la blague la moins drôle qui fait quand même rire. 

Une prochaine fois, je vous parlerai des donuts.