Articles

Affichage des articles du 2022

Sayaboury

Image
 Tous les noms des villes et des villages du Laos ne sont pas faciles à prononcer. Sayaboury, qui peut se décliner en plusieurs écritures :  Xaignabouli, Xaignabouri, Xayaboury, Sayabouli ou Sayabouri..., et  donne son nom à la province dont elle est la capitale, est non seulement facile à prononcer et mémoriser, mais a de surcroît une musicalité qui génère une force d'attraction telle qu'un jour — vous ne le savez pas encore, mais je vous le dis —, vous viendrez la découvrir dans la grande splendeur de son nom. Le voyage de Vientiane jusqu'ici est une aventure en soi, du fait de la très mauvaise qualité des routes. Je l'ai fait en deux jours, ce qui est raisonnable mais peut paraître long si l'on considère la distance parcourue : 350 km. Le voyage vaut surtout par la beauté des paysages qui progresse imperceptiblement des sensations de la plaine à celles des montagnes. Après cinquante kilomètres parcourus, la capitale du Laos semble un lointain souvenir tant le cal...

LOVE selfie

Image
Les Asiatiques sont nombreux dans mes contacts FB, en premier lieu les Laotiens... Voici une communauté qui pratique le selfie et en invente ou en adopte les codes selon sa "sensibilité" culturelle. Un de ces codes consiste à faire avec ses doigts un signe, signal, symbole... dont le moins qu'on puisse dire est que le sens m'échappait, d'autant plus que je me chargeais d'y mettre ma propre interprétation : pourquoi tous ces gens qui se selfient font le geste qui semble vouloir dire qu'ils veulent de l'argent, que l'argent c'est chic, ou bien encore qu'ils en appellent littéralement à la fortune pour voir leur compte bancaire grossir... Ce soir-là, mes deux fils étaient réunis, plus l'amie de l'aîné, formant une bande de jeunes qui n'a pas arrêté de se fendre la poire et de se moquer du vieux qui essayait de mettre tout son monde dans son selfie. Dans ces cas-là, il vaut mieux rester digne et faire enfin ce pas qui sépare l'i...

Voyage du demi-sommeil

Image
Le bébé de Papao a maintenant ou aura bientôt trois ans. Ce jour-là, on avait vidé deux bassins avant d'attraper les poissons dans la vase, à la main. Une partie de cette pêche miraculeuse avait servi pour le pique-nique qui a suivi. Comme les Laotiens ne rigolent pas avec les chansons, c'est un énorme haut-parleur embarqué dans la benne du camion qui envoyait la sono. On pouvait nous entendre à un kilomètre de là. Il faisait si chaud qu'aucun Français n'aurait trouvé à redire pour ce qui est de boire la bière avec des glaçons. Chacun à tour de rôle s'écroulait sur une natte en plastique tressé, et dormait dans les stridences des conversations et les saturations de la musique. Le demi-sommeil était l'état naturel dans lequel on aimait rester, et les yeux entrouverts on participait à ce qui se disait autour sans se préoccuper de savoir si notre contribution était pertinente ou non. Il importait seulement d'être là et de profiter du moment. Aux amis qui me de...

C'est parti !

Image
Mon fils, 14 ans, dit en voyant les plantes à l'arrière de la voiture : "Tu vas les planter dans le jardin ?" Je lui dis non, le jardin, c'est la voiture. Il ne comprend pas, j'ai pourtant dit une chose simple avec des mots simples... Et quand il finit par accepter le sens de ce que je dis, il est entre le sourire et le froncement de sourcils...  — Ben, on peut plus s'asseoir derrière. Voilà, que je lui dis... Derrière, maintenant, c'est le jardin. Il y a encore de la place pour deux plants de courgettes. Pour l'heure, il y a du basilic thaï, du basilic de Provence, six plants de piment de Cayenne, six plants de tomate, douze salades, un combawa, des pak choi, du ngo gai (coriandre chinoise), de l'origan...

Road gardening

Image
J'ai un très beau jardin face au versant sud du Vercors, mais trop souvent sur les routes, j'ai renoncé à planter quoi que ce soit cette année. J'ai néanmoins quelques pots sur mon petit balcon d'aromatiques, et jardinière dans laquelle estiverne l'ail des ours qui fera mon bonheur au sortir de l'hiver prochain. La sauge, elle, n'estiverne pas mais s'accommode de la canicule, de la terre sèche comme poussière et des gifles de mistral. Me voilà de nouveau gens du voyage, avant-avant-hier à la bambouseraie d'Anduze pour visiter son village lao tout de bambou construit, puis à Montpellier le soir et le matin du lendemain, avant-hier donc, nageant dans la Méditerranée à la fraîcheur idéale, avant de mettre le cap sur Lyon... où hier j'eus la chance d'une immersion dans un atelier de lecture de poésie, dont voici extrait scintillance heureuse. Je n'ai pu me résoudre à laisser sur le balcon mes basilics de Thaïlande et de France, aussi les ai e...

L'amour fragment

Image
       " Quand je regarde une passante, je suis confronté à la donnée suivante : elle est un instant, l’instant est sa substance. Les réactions que je peux avoir à son égard s’inscrivent dans l’instant unique de son apparition. Cela n’exclut ni la passion, ni l’amour le plus immodéré, à condition d’être en mesure de se transporter dans un autre espace-temps et de savoir en revenir.      Il s’agit moins de s’en remettre aux fragments d’un discours amoureux que de mobiliser avec  une extrême acuité sensitive un discours poétique (de transposition) sur l’amour fragment. S’il fallait une comparaison : les étoiles filantes. Or, en tant qu’elles sont filantes, toutes les personnes, hommes ou femmes, jeunes ou âgées, que je croise dans la rue sont belles. Cette qualité d’évanescence incandescente, je ne peux la refuser à personne. Il n’en tient qu’à moi de ne pas la nier. Il suffit pour cela de ne pas suivre les gens de manièr...

Si Loin, Si Proche

Image
Noisiel, Festival Si Loin, Si Proche - dimanche 30 janvier 2022 - 12h30 On voit à leurs yeux plissés (ne pas confondre avec les yeux bridés) Les sourires des quelques personnes qui ont gardé leur masque Le masque, c'est pratique pour dater la photo Plus tard on saura que c'est en 2022 Même si ça pourrait être au début de 2020 Quand huit personnes sur dix en France rechignaient à le porter par manque d'habitude Le soir, j'ai rejoint mon ami Lech Kowalski Nous sommes allés manger dans un restaurant vietnamien de Belleville Il a dit It's funny, we put on the mask to enter, then we take it off Ainsi fut fait pour la photo de groupe : Et quand l'oiseau s'est envolé, ceux qui l'avaient enlevé ont remis leur masque Pour l'enlever de nouveau, cinq minutes plus tard, au déjeuner Que "Goodbye Mister Wong" sorte en salle en plein covid, ça n'aide pas   Mais c'est tellement joli de faire la photo-souvenir avec des spectateurs heureux Ils ont le...

Oncle Souck / Souvanlay Phetchanpheng

Image
Boudhha couché / Wat Xieng Thong /  © Vincent Leroux          Oncle Souck / Souvanlay Phetchanpheng                Le Bouddha couché est certainement l'un des préférés des Laotiens et, de ce fait, l'un des plus représentés. On en trouve de toutes tailles, de quelques centimètres à plusieurs dizaines de mètres. Je ne maîtrise pas assez le sujet pour aller plus avant dans l'analyse symbolique et culturelle de cette préférence, je perçois néanmoins qu'elle colle intimement à la mentalité du peuple lao. Et je ne suis pas étonné par le tollé général qui s'est levé contre le projet de construction d'un Bouddha debout de 100 m dans la Specific Economic Zone de That Luang, à Vientiane (une concession d'exploitation accordée à la Chine). Pourtant, les Laotiens aiment bien ce qui est spectaculaire et flashy. Il faut donc croire que le sujet touche à une limite qu'il ne faut pas franchir. Certes, des bouddhas debout de 15 mètres...

Au fil du temps

Image
  La veille, ma sœur aînée et ma mère étaient venues au lac pour accomplir le baci , rituel animiste lao pratiqué dans les moments importants de la vie. Elles avaient roulé deux heures depuis Vientiane jusqu'au lac, en suivant la route 13 Nord, sorte de Route One Lao PDR... Elles étaient arrivées avec deux heures d'avance.  Comme il était à craindre, parce qu'aucune  journée de tournage ne finit à l'heure, nous étions arrivés avec deux heures de retard : deux + deux, ma sœur et ma mère avaient donc attendu quatre heures. Pour le film précédent, "Tuk tuk", le baci était devenu une séquence du film, capté dans un geste documentaire, c'est à dire à la volée, en courant après le présent qui ne cessait d'éclater en instants fugaces. Et pourtant, parce qu'on a filmé en pellicule (je dis ça en passant, sujet de thèse), il en est resté quelque chose pour toujours. Voyez les bracelets en fil de coton que nous portons aux poignets. Ainsi se conclut le rituel...