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Affichage des articles du 2021

Hêtre ou ne pas hêtre

Les gens qui n'ont pas la possibilité d'aller aux champignons s'imaginent peut-être que c'est une activité qui consiste à regarder par terre, à ses pieds. Or, pour pratiquer ce sport, je peux affirmer que c'est en regardant en l'air qu'on trouve les champignons. Non que les champignons soient des volatiles, mais parce qu'ils sont des partenaires symbiotiques des arbres. Et les arbres ne sont pas seulement des essences ou espèces, mais sont producteurs d'ombre et de lumière, musiciens à leur manière, à la fois compositeurs et orchestre. Poètes assurément. 

La splendeur du lac

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En janvier 2020, au début de la pandémie de Covid 19 avant que ce ne devînt un sujet mondialisé, de retour au Laos sur les décors de mon film "Goodbye Mister Wong", je suis de nouveau subjugué par la splendeur du lac. Même si elles sont loin dans l'image, aucune des personnes photographiées ne porte le masque, ni moi derrière le viseur de mon Pentax K1000, ni les amies qui m'accompagnaient ce jour-là. A ce moment-là, la grande inquiétude concernait l'Australie dont les forêts brûlaient par milliers d'hectares chaque heure. Moi-même ne m'en souvenais plus, la mémoire de la crémation de l'Australie ne m'est revenue que quand j'ai fait développer, voici deux semaines, la pellicule Kodak achetée sur internet avec laquelle j'avais pris cette photographie. Nous sommes sur une île au milieu du lac Nam Ngum. Ce n'est qu'une image. Elle contient tout le film "Goodbye Mister Wong" qui ne sort pas encore en salles. J'ai attendu u...

Sur les pas des écrivains à Saint-Gilles

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Pas peu fier, votre serviteur, de compter parmi les écrivains ayant trouvé leur inspiration à Saint-Gilles, une commune de Bruxelles qui avait deux rois fameux du temps où il en était un habitant bienheureux, le Roi du boudin au marché du samedi matin, et le Roi du pantalon, le maître incontesté dans l'art de la coupe du polyester sur mesure. Quand il me restait un euro, j'achetais une bouteille de Jupiler à l'heure de dîner, et j'allais sonner chez un ami. S'il n'était pas là, j'allais sonner chez un autre ami, ainsi de suite jusqu'à ce qu'une fenêtre s'ouvre. "Oh, Kiyé, quelle belle surprise, monte, j'étais en train de faire des spa-bolo !" Je le précise pour ceux et celles de mes lecteurs qui ne sauraient pas ce que c'est, les spa-bolo, ce sont des spaghettis à la bolognaise. Pas vraiment un plat italien mais une sorte d'emblème de l'amitié à la saint-gilloise qui m'a permis de survivre à de nombreux jours de dise...

L'invention de la perspective

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La Tête de la Dame, et derrière, la barre de Font d'Urle. La neige a fondu dans la vallée. La limite neige-pluie est aux alentours de 700 mètres. Ce matin, on ne voyait rien de ce paysage. Rideau baissé. Ou plutôt, quelque chose comme un demi-sommeil des perceptions, à la fois troubles et acérées. On voyait le paysage en souvenir, en attendant d'arriver. Une sensation d'atterrissage dans le brouillard. En l'air, l'avion secoue comme un camion sur une piste au Laos. Quand le train touche le sol, train d'atterrissage, je veux dire, on est content de voir les lumières alignées de la piste. A chaque atterrissage, tous les passagers réinventent la perspective. Je suis heureux du confinement dans ma vallée. J'aime bien mon horizon septentrional. C'est un horizon quantique : il ferme et il ouvre en même temps. Passer de l'autre côté en tongs, pas facile. En tout cas, je le ferais pas. Mais en imagination, d'un trait de poésie le franchir, quel bonheur !

Snow motion

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La neige pour être décrite demande de déplacer les lois de la physique vers les lois de l'émotion. Chaque fois, l'étonnement domine sur toute considération prosaïque. Monochrome comme sable du désert, minimale dans sa blancheur mais instable jusque dans la sensation qu'elle procure d'éternité. Phénomène d'une saison et d'un génie du froid qui, au lieu de figer, fait trembler de joie et sentir la moindre vibration de l'air. Rien de cotonneux dans la perception in situ. Car le froid pique les joues, les oreilles, les doigts, les orteils. L'immobilité est à déconseiller. Alors, on marche, et marchant on produit sa propre chaleur. L'effort est intense dans la poudre blanche, mais sans fatiguer. Le bénéfice de l'échauffement du corps transforme la douleur du froid en réconfort. Le même effort sur un chemin de randonnée en été facture plus cher en épuisement. N'ayant pas de gants, j'ai accompli toute la sortie en raquettes les mains dans les po...