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Affichage des articles du 2012

Le rêve américain

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De Bruxelles, nous prenons la route vers l'Allemagne peu avant midi. Jour de Noël gris, pluvieux, tiède. Nous faisons un crochet par le Grand-Duché de Luxembourg, dont la capitale éponyme ne parvient à nous ralentir que par le mécanisme des feux rouges et des stops obligatoires. Revenus sur l'autoroute, nous faisons une dernière halte à une station d'essence pour bénéficier d'un carburant non taxé à la vente. Puis nous filons de nouveau à grande vitesse en direction de l'Allemagne. La frontière est franchie sans que je ne m'en rende compte. A toutes les sorties d'autoroute, je lis le mot ausfahrt, j'en déduis qu'il doit signifier freiner ou ralentir.  Peu avant trois heures de l'après-midi, nous arrivons chez ma nièce Lady. Pourquoi elle habite une petite ville du côté de Kaiserslautern ? Répondre à une telle question reviendrait à raconter l'histoire du 20e siècle : les deux guerres mondiales, celles d'Indochine et du Vietnam, la Gu...

Icare

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Les ornithologues utilisent des téléobjectifs très puissants pour photographier les oiseaux. Ils ont leurs raisons, qui se justifient pour des besoins de connaissance et de précision dans la description des espèces. Ils ont recours également au dessin scientifique : fond blanc, ligne noire, forme cernée, etc. Mais l'oiseau véritable est celui qui évolue loin de la vue des hommes, qui est vue de l'esprit, et se cache pour mourir. Il se définit par tout ce qui échappe à la description scientifique, à tout ce qui dépend des critères de genre et d'espèce. Leur compagnie est salutaire en ce qu'elle sème le trouble dans nos habitudes de penser et de représenter le monde. Il ne s'agit pas tant de rêver de voler comme eux, mais de cesser de penser comme des hommes, ce qui est le plus grand défi qui se propose aux hommes.

Iceland

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L'eau sous forme de glace prend l'aspect du verre. Trompe l’œil, trompant l'esprit. Le trouble vient d'un conflit entre la verticalité (les vitres aux fenêtres) et l'horizontalité (la flaque d'eau). Il se trouve bien sûr des contre-exemples, mais l'eau (le niveau d'eau) donne la mesure exacte de l'horizontal et le verre (des lunettes, des fenêtres, des porte-fenêtres...) la mesure subjective, donc exacte, de la profondeur de champ. Le verre est dans un déni essentiel de la pesanteur : marcher sur du verre équivaut à marcher sur des  œufs.   Tandis que l'eau a besoin de la pesanteur pour se définir : la pluie tombe, le fleuve coule jusqu'à la mer. La mer elle-même s'étend à perte de vue par l'effet d'une gravité qui la plaque à la terre, jusqu'à la rotondité, définition ultime de l'horizontalité. Difficile de se représenter ce que serait la verticalité ultime. Dire aussi de l'eau qu'elle est une matière, un fluid...

Mécanique des fluides

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Au démarrage, ça fait comme quand on essaie de parler après avoir avalé un œuf dur de travers : les mots ne sortent pas. Bref, il faut attendre un peu avant d'entendre le moteur tourner...La nuit, la température tombe aux alentours des - 15° Celsius. Outre la batterie qui serre (quoi, ses dents ? je sais pas...), y'a aussi le frein à main qui desserre plus ses mâchoires. On est tout content d'entendre le moteur tourner, on enlève le frein à main, on passe la première, on accélère doucement pour attraper la glace, et... les roues restent bloqués ! Circuit de frein à main gelé ! Les nordiques savent ça. L'an dernier, j'étais au Laos quand il a fait grand froid ici, j'ai pas connu l'expérience du frein à main gelé... Pour ceux qui ont suivi, ne pas mettre le frein à main en hiver, mais passer une vitesse.

Bruxelles l'an 2000

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Mon fils avait 5 ans, il me fallait trouver une manière de lui raconter quel genre de vie menait son père chez les Belges après avoir tout fait valser à Paris. Très riches heures gribouillées sur des sous-bocks, dont je retrouve une photo par je ne sais quel hasard sur le bureau virtuel d'un vieil ordinateur ressuscité. De quel signe ce hasard est-il porteur ? Mieux vaut me remettre à mon travail du moment, à l'intérieur duquel ce post n'est donc qu'une parenthèse.

La mort aux trousses

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Je pourrais mettre sur cette image n'importe quels mots d'un livre pris dans une bibliothèque, ouvert au hasard sans réfléchir, comme on donne un coup de pied dans des herbes hautes, ainsi de ces mots de JLG,  de son Histoire(s) du cinéma le temps en lui-même comme tel et en soi non, en vérité ce serait une folle entreprise un récit où il serait dit le temps passait il s'écoulait le temps suivait son cours histoire du cinéma jamais un homme sain d'esprit ne l'obtiendrait pour une narration histoire du cinéma

L'instant décisif

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Un matin du mois de janvier 1976, je lançai une pierre en direction d'un oiseau de la taille d'un moineau. Ce fut la seule fois de ma jeune vie de chasseur (j'avais neuf ans) que le projectile toucha sa cible. Le lendemain, je quittai ma famille pour un long voyage vers la France. Le petit oiseau s'envola, se volatilisa dans ma mémoire. Je fis mes premiers pas dans ma deuxième vie. De tous les souvenirs de mon départ, celui-ci est le plus tenace, le plus net au sens photographique. Une sorte de rêve récurrent, dont il reste tous les détails au réveil.

Natures mortes avec paysage

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On peut être et avoir l'été.

Ere glaciaire

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Une distraction dont je suis coutumier, qui est aussi mon état normal de vigilance, m'a fait supprimer les vingt et quelques derniers messages de l'orient de l'Orient . Après un premier temps de fatalisme, j'ai décidé de fouiller les entrailles de Big Brother pour récupérer les messages perdus. Ce ne fut pas chose aisée, mais pleine d'enseignement. Le principal étant que rien ne disparaît définitivement de l'internet ; et cela est autant cause de contentement, puisque j'ai pu retrouver les messages "supprimés", que d'un questionnement confinant à une inquiétude diffuse. Cette dernière peut se dire en ces termes : la virtualité de l'internet, en même temps qu'elle nous prive de l'expérience réelle des relations aux autres, nous prive surtout du risque de la perte, puisque que la première condition de la perte réside dans la possession absolue, intime et charnelle. 

7 AOUT 2012 Ici gît Phaéton qui voulut conduire le char de son père

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Le deuil des sœurs de Phaéthon pouvait seul égaler le deuil de leur mère. Gémissantes et frappant leur sein, elles remplissent l'air de cris superflus et de plaintes que leur frère ne peut plus entendre. Nuit et jour elles l'appellent, et restent penchées sur son tombeau. Déjà Phébé avait quatre fois renouvelé son croissant, elles pleuraient encore (car leur douleur était devenue une longue habitude). Un jour que Phaéthuse, l'aînée des Héliades, venait de se prosterner au pied du tombeau, elle se plaignit que ses pieds se raidissaient. La belle Lampétie, qui s'élançait pour la secourir, se trouve arrêtée par des racines naissantes. La troisième veut s'arracher les cheveux, et ce sont des feuilles qui remplissent ses mains. L'une s'écrie que son corps devient un arbre, l'autre, que ses bras s'étendent en rameaux ; et tandis que ce prodige les étonne, une écorce légère les embrasse, et montant par degrés, emprisonne leurs cœurs, leur sein, leurs épaule...

13 JUIL 2012 Le temps de l'oubli

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Rien de plus salutaire que le désordre ordinaire, et l'acte de faire le ménage procure d'autant plus de satisfaction que le rangement auquel on s'astreint ne fait qu'augmenter la sensation que nous échappe le sens réel de nos gestes, de nos mouvements, des agencements du corps et de l'esprit. De là, ma réticence à réclamer de mon fils qu'il range ses affaires, alors que moi-même, je passe mon temps (c'est à dire dans l'oubli du temps) à laisser dériver toute notion de rangement. Poésie de l'objet qui ne trouve jamais sa place, sa fonction, sa valeur d'usage. Intimité de ce qu'on sait être là, à portée de main, qu'on ne touche finalement qu'en imagination. Tel numéro de téléphone d'un amour d'une jeunesse imaginée, griffonné sur un ticket de métro, qu'on ne jettera jamais, qu'on retrouve chaque fois qu'on s'occupe d'affaires sérieuses, impôts, sécu, assurance, au milieu d'une pile de fiches de paye, de q...

18 JUIL 2012 CAPTATION

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Quelque part entre Die et Valence, depuis la fenêtre d'un train. Ce jour là, durant le trajet d'une heure, j'avais   photographié, en mode rafale, quelques 1252 images... Le chemin de fer suivait le cours de la Drôme  jusqu'à Crest, coupait  ensuite   à travers les terres en direction du nord. Et moi, tout occupé à attraper les images du dehors, je ne pensais pour ainsi dire à rien et à tout en même temps. Transport en commun, en commune intimité avec les autres voyageurs, chacun dans sa bulle de rêverie qui n'est ni tout à fait la sienne propre, ni un espace collectif. De là la sensation de flottement, au seuil du réel. Et cette idée affleurant que la photographie n'est pas seulement un processus de captation de la lumière et des apparences du monde, mais également une tentative de description de la pensée.

17 AVR. 2012 Aprile

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en une nuit tombée neige de printemps

30 MARS 2012 Invention du paysage

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En cas d'urgence, il y a deux autoroutes, l'une côté vallée du Rhône (Montélimar), l'autre côté vallée du Buech (Sisteron)... En empruntant l'un des deux itinéraires, Marseille est à trois heures de mon village. Heureusement, ma vie est ainsi faite que le mot urgence a peu d'occasions de s'appliquer. En vérité, c'est mon esprit qui ne lui accorde que peu de sens. Il m'est déjà arrivé de mettre sept heures pour accomplir ce voyage, sans pour autant avoir l'impression d'arriver en retard. En étant bien moins fatigué que si j'avais fait le trajet en trois heures. Quand je monte dans la voiture, la question n'est pas "à quelle heure je vais arriver ?" mais "quel nouvel itinéraire je vais inventer ?". Cela tient à  la fois de l'invention du paysage, en tant que le paysage, surtout s'il est familier, est un objet exotique, et du questionnement existentiel : le paysage, en effet, est une extension de mon être... une e...

28 MARS 2012 Voyage au bout de l'hiver

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C'était la veille du décollage de Paris CDG, j'étais passé à Lyon pour voir ma sœur, celle d' Ici finit l'exil   . Il y a dans cette photo en couleur qu'on dirait monochrome tout ce qui fait l'hiver français, les courants d'air qui se glissent sous les manches, dans les cols, à l'intérieur des capuches... le repli sur soi selon une mécanique de stress, peur de manquer son train, peur de se faire remarquer, peur de se faire voler ses bagages, manque de perspective aérienne, et sans doute de perspective existentielle... Et ce décor immuable ne cesse de renvoyer en arrière, carrelage, néon, fosse, dont on n'ose formuler complètement ce à quoi il nous fait penser. Les grandes gares ont définitivement perdu leur puissance onirique, les voyages qu'elles proposent mènent sur les lieux de travail, ramènent au quotidien, et au mieux font arriver les trains à l'heure. Heureusement, une fois à bord, la rêverie du voyage nous submerge, et la fatigue même...

17 MARS 2012 Café Grand-père

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De l'avenir, je ne discerne pas grand-chose dans mon café. En revanche, je vois en accéléré la formation de notre galaxie, appelée Voie Lactée. Cette modélisation présente quelques avantages. Le noir du café peut se comparer au noir d'un ciel nocturne sans pollution lumineuse. Et la mousse en tournant produit immanquablement une belle spirale. Surtout, c'est assez plaisant d'être celui qui tient la cuillère. On peut alors se représenter Dieu en homme sans qualité, qui commence sa journée au café de son village, trouvant pour chaque sujet de conversation la blague la moins drôle qui fait quand même rire. 

16 MARS 2012 Miroir du temps

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Ce qui est frappant, dans ce mille-feuilles d'instants accumulés, c'est que nous soyons tous de face, comme si l'idée de connection devait aller de pair avec le fait de voir le visage de l'autre, de voir dans le visage de l'autre qui est en train de nous voir la preuve de l'abolition du temps et de l'espace. Il n'en demeure pas moins que la séparation est à l'oeuvre dans chaque moment de la vie dite moderne, et ce qui insiste à nourrir notre imagination trouve sa source dans la figure de l'homme incapable de voir son visage dans le miroir (Magritte), et celle du petit Yi Yi, l'enfant mélancolique qui photographiait les nuques des gens pour leur montrer ce qu'ils n'ont pas l'habitude de voir de leur propre personne.