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Affichage des articles du 2019

Rose Taka

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À chaque séjour, acheter pour le plaisir un de ces cahiers sans marque, sans indication du nombre de pages, comme si importait seulement d'en avoir un avec soi pour jeter quelques notes dont la fonction n'est pas de garder mémoire d'instants fugaces. La couverture, en papier coloré, est d'un rose que j'appelle Taka du nom de la danseuse qui portait une robe de la même couleur dans "Rain" d'Anne-Teresa de Keersmaeker. Taka est japonaise, danseuse de formation classique, grande, longiligne et très drôle. Une sorte de Pierre Richard. Finalement, c'est peut-être cela la vraie raison qui me fait jeter des notes de voyage sur des pages à petits carreaux : non pas garder trace du présent, ici et maintenant, mais faire ressurgir d'autres instants fugaces d'un ailleurs dans le temps et l'espace. Néanmoins, si levant les yeux de ma page, je voyais débarquer Taka, je n'aurais pas d'autre choix que de reformuler avec d'autres mots cet...

Je vois la mer

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L'appel du paysage est irrésistible, il m'arrache au travail en cours d'autant plus facilement que je le vois au-dessus de l'écran de mon ordinateur, par ma fenêtre. Aujourd'hui, je prends le prétexte d'aller cueillir les petits gris, ce sont des champignons, ils poussent en abondance dans le Diois, ils sont gris souris, ont de la souris le velours et une brillance du poil reconnaissable. On les trouve à découvert en lisière des bois de pins, pas loin des bouses de vaches. Dans ma petite vallée, tous les terrains à champignons ont une pente forte car les terrains plats sont cultivés, et ceux dont la pente est douce sont également cultivés. Alors, quand je prends la photo, j'ai le souffle court, il m'a fallu monter là-haut. Je le dis souvent, quand on me demande si je fais du sport, je réponds oui, je vais aux champignons. Les gens mettent ça sur le compte de ma fantaisie alors que la fantaisie est le nom que je donne au mot sérieux. Ce n'est pas...

Ici finit l'exil / Le rapport avec la conversation

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Kiyé : -  Tu sais pas ? Octave : -  Non… Je sais plus. Kiyé : -  Quel âge j’avais quand je suis arrivé en France ? Octave : -  Je crois que t’avais mon âge, non ? Enfin, je sais pas. Kiyé : -  Un peu plus jeune, oui… J’avais dix ans. Toi, tu as… ? Octave : -  Douze ans. Kiyé : -  Tu sais comment s’appelle ma mère ? Octave : -  Non ! Kiyé : -  Moi non plus, en fait. Enfin, je l’ai jamais appelée par son prénom. Et son nom de famille, je l’ai jamais utilisé, en fait. Kiyé : -  Et mon père, alors, tu sais qui c’est ? Tu l’as vu ? Octave : -  En photo… je crois… suis pas sûr. Kiyé : -  Pourquoi ? Il était fâché, il est pas venu ? Octave : -  Non, il est mort ! Kiyé : -  Ça te fait rire ? Octave : -  Non ! C’est toi qui dit comme ça ! Kiyé : -  T’as pas mangé ton avocat, et t’as pas mangé tes tomates… ...

L'art du décor ou la nuit transfigurée

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Photo © Phoulasamy Vilay La scène devait se tourner sur le bateau bleu de Mister Ley en lumière du jour. Mais après trois semaines de navigation à nous cogner la tête au plafond, à nous marcher les uns sur les autres, à faire des ronds dans l'eau pour suivre le soleil dans sa course — et quand nous ne tournions pas sur le bateau, nous étions sur une île —, je pris la décision de filmer la scène à terre et de nuit, sur le bout de rocher situé au pied de la guest house qui nous servait de camp de base et de port d'embarquement / débarquement quotidien. Personne ne trouva donc rien à redire, ni l'équipe déco malgré qu'un bateau-jour soit quand même très différent d'un rocher-nuit, ni les gars de l'image, ni ceux du son car ils avaient plus de latitude dans le choix des axes que sur le bateau, surtout avec sept acteurs devant la caméra, ni la régie qui fut dispensée de la galère de devoir charger, puis de suivre le bateau-décor avec le bateau-régie et de faire ...