Alpini Eté 1991. Mon père m'avait donné ces cornes de chèvre sauvage le jour de mon retour en France. J'étais en train de faire ma valise. Il a pris un tournevis pour décrocher le trophée d'une partie de chasse lointaine, dans une forêt des hauteurs de l'arrière pays (Vietnam ou Laos), avec des amis que je ne connaîtrai jamais. L'objet, petit, est à la fois modeste et impressionnant. Rien d'une défense d'éléphant qui en imposerait, ou d'une tête de tigre rebelle... Mais les poils d'origine sont encore là, durs, roux. A l'arrière, les vides et pleins d'une boîte crânienne vide et dure comme de la roche. L'image de la mort intimement mêlée à l'image de la vie. Je me souviens avoir cherché les mots pour lui dire mon peu d'enthousiasme à recevoir un tel cadeau. Nous avions été séparés durant 15 ans. Les circonstances laissaient peu de possibilités pour se perdre dans des nuances de sentiments. J'ai enveloppé les cornes dans du pa...