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Affichage des articles du mars, 2010

L'heure d'été (Jeanne à Die)

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Je venais de consulter le garagiste, ma voiture ayant des sortes de quintes de toux (petites percussions métalliques conclues par une explosion et un noir bouquet de fumée aperçu dans le rétroviseur) lorsque je pris le chemin du Pestel. Que ma voiture pût tomber en panne n'importe où et n'importe quand ne justifiait pas que je dusse rentrer à la maison, même pour me régaler avec les huîtres et le chais du grillon (petit côte du ventoux blanc) que je venais d'acheter. La veille j'avais fait à l'aube la traversée du Vercors pour arriver juste à l'heure au travail, l'avant-veille au soir j'avais prolongé de cent kilomètres un voyage de trois cents, la nuit déjà bien entamée par l'heure d'été pour faire à mes amies de l'Autre Côté du Vercors une surprise qui m'a (nous a) valu le joli petit éloge de la surprise de Juliette . Un jour, je vous parlerai de Rosalba, l'amie absolue qui fut la raison de ma fantaisie automobile : je ne pouvais pa...

Petit éloge de la surprise

Une surprise, mettons une bonne surprise, n'est-elle pas une chose infiniment réjouissante ? Enfin ne pas avoir senti venir, enfin une rupture dans les certitudes du moment, enfin le rappel d'une certaine autonomie du cours des choses ! Parce que c'est un peu fatigant d'avoir toujours raison. Faire une prévision sur l'avenir - par exemple préparer une bonne soupe pour le soir - tout mettre en oeuvre pour qu'elle se réalise : récolter trois poireaux au jardin, éplucher les carottes, etc, pour constater un temps plus tard que bien entendu la soupe était bonne, c'est s'installer insidieusement dans une tranquillité proche de l'ennui. Et pas seulement parce que l'exemple choisi est d'une banalité affligeante. Dans l'acte le plus créatif, l'ennui menace sans imprévu… à moins de baigner dans une autosatisfaction bientôt stérile. Tandis qu'une bonne surprise lorsqu'elle surgit, outre le plaisir qui l'accompagne - par exempl...

Printemps (retour du)

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PRINTEMPS POLITIQUE

dimanche 21 mars Coline Serreau a bien travaillé. Son dernier film est un documentaire réjouissant sur un sujet affligeant. Solutions locales pour un désordre mondial sortira le 7 avril mais a été offert cet après-midi en avant-première et pour 3,5€ seulement aux habitants de St Marcellin, Isère. Avec un peu de chance, ceux de Die, Drôme, le verront bientôt à l'affiche du Pestel. Notre ami KSL ne manquera pas j'espère de s'enthousiasmer et d'en rendre compte dans ciné dié. Ceux qui n'ont pas voté Europe Ecologie la semaine dernière s'en mordront sûrement les doigts. Les autres trouveront dans ce film des bonnes raisons de l'avoir fait. Et tous nous pourrions courir au jardin car l'avenir se joue là. Il y a fort à parier qu'il ne suffise pas de déposer des bulletins dans l'urne pour que la terre soit encore vivable prochainement. Mieux vaut y veiller nous-mêmes et redevenir chacun un petit peu paysan. Et toucher la terre qui sent bon le...

Monsieur Bovary

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L'écriture est un regard. La proposition inversée est vraie aussi. Il faudrait ouvrir le jeu à tous les autres sens. Entendre, toucher, sentir. Ainsi de toutes les nuances qu'il est possible de distinguer avec le verbe entendre, selon qu'il s'applique à des sons ou à du sens. Les Espagnols ont gardé la distinction ouïr / entendre, les Français ont préféré jouer de l'ambiguïté, selon leurs besoins oratoires qui sont nombreux. Faire la sourde oreille ne s'applique qu'à du sens. Pas à de la musique. Et que veut dire Garel quand il titre son film "J'entends plus la guitare" ? D'où vient l'étrangeté de ce titre ? Le français utilise très souvent entendre à la manière espagnole : en substantif quand il est question d'entendement, par exemple... et dans la vie courante, quand je dis à l'autre "tu m'entends", c'est moins pour m'assurer de son audition que de son entendement. Alors, oui, l'écriture...

Mots reçus de Juliette en commentaire de mon article daté du 10 mars 2010 intitulé "Sentiers sous la neige"

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J'avais envie que ce texte soit lu comme un article en soi.   Philosophie de comptoir Sommes-nous d'accord ? : l'écriture est un regard. Par suite, lire l'autre est une façon de plonger son regard dans le sien. Mais avec un certain décalage. Et discrètement. Une façon également de lire le monde par ses yeux, dans l'étrangeté ou la communion, sans compter les intermédiaires … Lire, c'est regarder le monde par ricochet. Premier ploc! l'autre. Deuxième ploc! le monde selon l'autre. Ou l'inverse. Qui sait ce qui surgit d'abord. Le monde de l'autre change ma vision du monde. Peut-être. Un blog surgit. Un commentaire est possible. Puis-je à mon tour interférer ? Peut-être. ….Marcheur du soir, tu as pensé au loup en grimpant dans la nuit banche et obscure vers les Terres Rouges le mois dernier. La solitude ( des espaces infinis,etc…) est effrayante à condition d'y songer. Surtout lorsqu'elle est peuplée d'êtres invisibles. Tu au...

Une nuit à l'opéra

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Je voulais filer longtemps la fiction du critique qui écrit sur le cinéma sans aller voir les films. Mais hier, en sortant du travail, car j'en ai un, depuis peu de temps il est vrai, et après avoir visité la petite boutique d'un artisan qui vend et installe des poêles à bois norvégiens pour les besoins de ses concitoyens diois, je me suis rendu de nouveau au cinéma Le Pestel distant de quelque 300 mètres, que j'avais repéré une première fois la semaine passée (voir par ailleurs dans nos archives)... Je me connais assez pour imaginer que les deux sorties (le magasin de poêles norvégiens et le cinéma) n'en formaient en réalité qu'une seule, de sorte que je puis dire que les pas qui m'ont mené dans le premier lieu avant de me mener dans le second étaient guidés par une même rêverie de recommencement. Cela explique sans doute la facilité avec laquelle j'ai noué conversation avec l'artisan chauffagiste puis ensuite avec le projectionniste et sa collègue aux...

Sentiers sous la neige

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"Là-haut, la montagne est silencieuse et déserte. La neige qui est tombée en abondance ces jours-ci a effacé les sentiers des bergers, les aires des charbonniers, les tranchées de la Grande Guerre et les aventures des chasseurs. Et c'est sous cette neige que vivent mes souvenirs." Sentiers sous la neige - Mario Rigoni Stern - 1998

snow

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  tombée dans la nuit la neige propose : son silence appel du dehors les rues du village sans âge et immaculées loin ma ville natale croissant et café la chaleur de l'auberge douceur de l'exil

Le château dans le ciel

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Monsieur Marron habite Marseille, il achète un vélo sur internet. Il pense à la formule "les amis de mes amis sont mes amis", de laquelle il déduit "le voisinage de mes amis, est mon voisinage". Il dit "un jour, en descendant à Marseille, tu peux aller prendre le vélo que j'ai acheté ? c'est pas loin de chez toi..." On ne refuse rien à Monsieur Marron, parce que lui-même donne beaucoup. On lui dit "bien sûr, ça me fera une ballade dans le Vercors." Disant cela, on fait abstraction de tout ce que contient le mot réalité. Et puis, on laisse traîner, de toute façon, on sait qu'aucun besoin n'a commandé à l'achat du vélo. Un vélo de la poste, jaune, de la marque Peugeot, avec La poste écrit sur le cadre, ça fait rêver. Un jour, le printemps est là, on se dit "mercredi prochain, je vais aller chercher le vélo de Monsieur Marron." Quand arrive le mercredi, le printemps a laissé la place à la fin de l'hiver. Et la fin ...