28 mai 2011

Autumn rythm

Et ces mots de Françoise de Stockholm pour notre rendez-vous d'automne : tu auras de la compote des pommes qui seront mûres...

21 mai 2011

La vie éternelle


Le cyprès est l'arbre de la vie éternelle. De son bois, on faisait des cercueils pour les papes. Dans ce petit cimetière protestant, à l'écart du village, loin du cimetière principal, catholique, tous les symboles sont réunis, et tous les signes, pour écrire l'histoire d'une famille dans le paysage de son exil. La vigne dit la richesse obtenue par le travail des hommes. La montagne donne la mesure de leur petitesse dans l'immensité du monde. Les trois cyprès de tailles différentes renvoient au passage du temps et des générations. Il semble que l'arbre le plus grand soit formé d'un entrelacement de deux arbres : les parents unis dans l'amour et la mort ? Un jour, j'irai sur place pour m'en assurer. Enfin, le signe le plus parlant de l'incapacité des hommes à voir plus loin que leur horizon familier : les murs du cimetière délimitent un espace trop petit. On peut deviner que les tombes ont été déplacées par les racines, et que bientôt les murs s'écrouleront. Dans cinquante ans, il ne restera du cimetière que les cyprès, tandis que les vignes alentour continueront à donner muscat blanc et clairette blanche que les hommes d'ici assemblent pour faire la clairette de Die, un vin pétillant au goût de pomme mûre croquée dans l'arbre conçu pour les plaisirs de l'instant.

17 mai 2011

L'école est finie

Le mot école désigne à la fois la forme et les principes d'enseignement des connaissances et le bâtiment dans lequel cet enseignement est dispensé. La France doit à Jules Ferry d'avoir une école dans chaque village, au moins le bâtiment désigné comme tel, même s'il ne sert plus, faute d'élèves. Ce modèle d'école existe depuis 130 ans, et l'on sent bien que ce qu'il avait de moderne et de révolutionnaire aux heures glorieusement funestes (combien de guerres ?) ne répond plus aux besoins de la France d'aujourd'hui (combien d'autres guerres à venir ?). Depuis quelques jours, j'habite au premier étage d'une école d'un village de la Drôme. Les journées sont calmes, la classe, au rez de chaussée, n'accueillant plus d'enfants depuis deux ans. Dans la cour, se dresse, dans un carré de gazon fleuri, un petit monument aux morts. "Ils ont bien mérité de la patrie. Nous ne les oublierons pas." L'aile droite du bâtiment abrite la mairie. Et de chaque côté, il y a un préau pour les jours de pluie. Tout au fond de la cour, contre les murs de la maison attenante, sont alignées les toilettes aux portes en bois peintes en bleu. Une France rêvée dans une campagne résolument tournée vers la modernité du XXe siècle. La photo ci-dessus montre une leçon de chimie appliquée peinte sur le mur du préau de l'aile ouest.

14 mai 2011

Printemps

il est possible qu'une rose ait cet aspect de planète plissée pour un insecte qui la survole, le jardin formant un système complexe régi par un jeu de forces inconnues des hommes, irréductibles à des cercles, sphères, orbites, révolutions... quel sens donner aux tempêtes de senteurs, au flamboiement des couleurs, à la chute des pétales ? quels calculs pour les modéliser ?

9 mai 2011

Fiction moderne

mon téléphone prend des photos, à chaque prise, il imite le bruit d'un déclencheur de boîtier 24x36 reflex, dont je rappelle qu'il est provoqué par le soulèvement des miroirs de visée pour laisser le passage à la lumière jusqu'à la pellicule qu'elle doit imprimer... ici, seulement le bruit numérique, simulant une mécanique... je dois admettre que le résultat est assez beau et rappelle l'impression de peinture fraîche des polaroids... l'absence de netteté, l'approximation des couleurs, pas de contraste (il a fallu un coup de photoshop pour durcir l'ensemble), la basse définition... cela redonne un peu de chair à ce qui reste malgré tout une image numérique... je pourrais aussi parler du modèle endormi, relevant son col et se couvrant de ses bras comme si le soleil lui donnait froid... je reste au seuil de l'histoire, le conditionnel de la phrase réceptacle de toutes les fictions possibles... l'essentiel résidant aussi dans le fait que, sauf (peut-être) les gens qui la connaissent, on ne peut pas vraiment la reconnaître... il en est ainsi des personnages de roman inspirés de personnes réelles : de pures inventions.

5 mai 2011

MOBILIS



prenez les caravanes… 
les maisons à roulettes ne relèvent ni de l’immobilier ni du mobile de Calder,
elles sont tantôt désespérantes de lourdeur, tantôt hallucinantes de légèreté
cela vient de ce qu’elles transportent un mariage contre-nature entre la maison et le voyage…
voyager avec son linge à repasser et son courrier à trier, cela aurait inspiré à Homère un feuilleton pour Ithaque Thélé… peut-être ?
il y a quand même du romanesque et de la beauté dans une caravane abandonnée au fond d’un terrain vague
et beaucoup de sublime dans une Caravelair flambant neuve qu’un Mistral disloque d’une seule gifle, dispersant sur le bitume livres, vaisselle, chaises pliantes, papier hygiénique, pain de mie et couverts en plastique…
la légèreté des caravanes, qui s’avère être leur modernité, a beaucoup à voir avec l’idée que toute existence humaine s’accommode de n’importe quel paysage et de n’importe quel itinéraire
leur lourdeur, en revanche, qu’on peut qualifier de tragique, vient de ce qu’à voyager avec sa maison, on tue l’idée de voyage en même temps que l’idée de maison