31 août 2017

Main heureuse


Il est tard à l'heure laotienne, 20h, on a fini de dîner depuis une heure, on boit de la bière pour prolonger le moment, la pluie fait chanter les arbres du jardin et tambouriner les toits des maisons, les grenouilles s'en donnent à cœur joie. Ma mère me prend la main et prend son air grave, ça veut dire qu'elle part d'un grand rire. Elle dit "J'ai pas mes lunettes, je ne vois rien", ça ne l'empêche pas de lire quand même dans les lignes. Elle dit que j'ai eu beaucoup d'accidents, elle le dit d'abord en laotien et traduit en français, accidents beaucoup !, et elle ajoute que j'ai beaucoup de chance. Elle dit que demain elle verra mieux avec la lumière du jour et ses lunettes. Puis elle prend l'autre main et continue ses augures. Avec ma main libre, je peux continuer à boire de la bière. Cinq minutes plus tard, elle est au lit, partie à la laotienne, sans dire au revoir. Je la croyais dans la cuisine. Douce très douce est la bière bue avec des glaçons dans la nuit de Kilomètre 21, nom du lieu, sorte de village de western au milieu de nulle part, loin du brouhaha de la capitale : des routes en terre aux ornières profondes creusées par les roues des voitures et les pluies abondantes, bordées de maisons, avec les va-et-vients des chiens et des humains unis dans la même lenteur et la même souplesse de déplacement. C'est ici que j'ai écrit l'histoire dont je ferai bientôt un film lors de mon précédent séjour de l'été 2014. Tournage en novembre prochain, dans deux mois. Le film a pour titre "France". Un jour, je saurai pourquoi j'ai choisi ce titre. 

1 commentaire:

  1. l'impression d'y être un peu avec vous, de revoir (re-sentir) le Laos, quelle douceur...

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