23 févr. 2016

L'art du scénario

Dans le scénario, pendant que mon frère faisait la sieste dans le tuk tuk, je m'enfonçais dans la jungle du nord Laos, histoire de tuer le temps et de me dégourdir les jambes. Il s'ensuivait des péripéties multiples, je me perdais en revenant sur mes pas, j'aggravais mon cas en essayant de me fier à mon sens de l'orientation, et quand je retrouvais l'endroit où mon frère était censé se trouver, la nuit pointait déjà et bien sûr mon frère avait disparu. Alors je marchais vers les lumières du village suivant, loin dans la montagne, à la recherche de mon frère, et quand je le retrouvais, il était tranquillement assis à la table d'un bar à soupe, presque étonné de me voir débarquer mais surtout pas inquiet de ce qui aurait pu m'arriver. Aux repérages, en décembre 2011, on avait cherché longtemps la forêt, qui devait être à la fois photogénique et accessible. On avait fini par en trouver une, pas spectaculaire mais propre à servir de décor de cinéma, comme un âne suffit à un conteur pour raconter une histoire de chevaux... Las, quand on est revenus deux mois plus tard pour le tournage, les habitants de la montagne avaient brûlé la forêt qu'on avait repérée pour leurs cultures sur brûlis. Ainsi, le livre de la jungle est devenu un haïku des roseaux, tourné à cent mètres de notre guesthouse. Et les somptueux paysages de montagne que j'avais prévu de filmer étaient cachés par un voile épais de fumée qui ne s'est jamais levé de tout notre séjour. Cela pourrait être le début d'un livre qui s'appellerait l'art du scénario.

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