9 janv. 2016

Le gourmet solitaire

Je dis à la vendeuse que je cherche une B.D. japonaise, que c'est un journal intime d'un homme qui raconte ses expériences gastronomiques, mais que je n'ai ni le nom de l'auteur, ni le titre du livre... C'était à Dijon, le veille du nouvel an, le magasin était rempli, la vendeuse avait des envies d'ailleurs, elle a tapé sur son ordinateur sans y croire, et donc sans parvenir à trouver ne serait-ce qu'une seule référence... Elle m'a quand même envoyé au rayon des mangas, en face de littérature jeunesse... ça m'a fait rire intérieurement : je me suis composé ma tête de Chinois impassible pour ne pas la froisser. Plus tard, j'ai cherché sur internet, et j'ai trouvé le titre et l'auteur, Le gourmet solitaire, dessin de Jirô Taniguchi, scénario de Masayuki Kusumi. Plus tard encore, revenu dans ma vallée de Quint, j'ai cherché sur Le Bon coin, et j'ai trouvé une offre de vente du livre à Die, à douze kilomètres de chez moi... L'annonce mentionnait un prix de douze euros, frais d'expéditions compris. J'ai contacté le vendeur par mail, et j'ai négocié un prix de dix euros, arguant du fait que je viendrai moi-même chercher le livre. Cela fut accepté. Ce matin, je vais à l'adresse convenue, au numéro convenu, de la rue convenue, rue des Quatre contons, à Die. Je toque à une porte vitrée donnant sur la rue, une fenêtre s'ouvre au premier étage. J'explique la raison de ma venue en ces termes : "Je viens chercher Le gourmet solitaire". L'homme semble surpris, il me dit "Anne va descendre" (nom fictif pour des besoins de confidentialité). Quelques secondes se passent, et Anne apparaît dans l'encadrement de la porte vitrée. Elle m'ouvre, elle me fait la bise, comme c'est l'usage dans le Diois, elle me fait entrer, elle me dit d'attendre et remonte à l'étage. Je l'entends farfouiller là-haut, et j'ai le temps d'apercevoir le jardin à l'arrière de la maison. Puis Anne me dit "Viens m'aider, je retrouve pas le livre". Alors, je monte, je fais connaissance avec les enfants, je salue l'homme qui était apparu à la fenêtre, et j'aide Anne à chercher dans sa bibliothèque. Elle me montre sa collection de Toniguchi, mais pas de trace de Le gourmet solitaire. La situation devient flottante, me voilà avec une vendeuse qui ne retrouve pas l'objet de la vente. Elle dit qu'elle a dû le prêter à quelqu'un, parce que c'est son livre préféré, qu'elle l'a même en double parce qu'elle l'a aussi reçu en cadeau. Elle était vraiment embêtée de ne pas trouver le livre, et moi, j'essayais de relativiser, de lui faire comprendre que ce n'était pas très grave. Elle me propose un autre Taniguchi, je lui dis que c'était Le gourmet solitaire que je voulais. A ce moment-là, elle a une idée très étrange : "Si tu veux, tu peux aller voir à la médiathèque s'il y est..." Moi, je voulais acheter le livre pour l'avoir chez moi, je ne voulais pas l'emprunter à la médiathèque ! Alors je lui dis qu'elle devait bien savoir où il était, ce livre, quand elle a mis l'annonce sur Le bon coin. Il fallait voir la tête qu'elle a fait ! "L'annonce sur Le bon coin ? Quelle annonce ?" Je lui montre avec mon smartphone nos échanges par mail et c'est là qu'elle me dit que je ne suis pas à la bonne adresse, et que je ne parle pas à la bonne personne ! Comme il arrive dans les vieux quartiers des vieilles villes des France, une rue peut se casser en angle droit au lieu de continuer en ligne droite après un carrefour... Je n'étais pas à la rue des Quatre Cantons, mais à la rue Anglaise ! Tout s'expliquait... Mais je lui demande si ça lui arrive souvent d'ouvrir à quelqu'un qu'elle ne connaît pas juste parce qu'il dit qu'il vient chercher un livre... Et voilà comment, dans mon pays d'ici, on rencontre les gens... C'était tellement joli que je suis allé au café Voltaire pour m'offrir un verre de chardonnay et raconter mon histoire !

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