27 déc. 2015

La terre rouge de l'enfance

Mon père était le seul membre de ma famille restée au Laos qui parlait et écrivait français. Il avait un fort accent qui donnait d'autant plus de relief à la richesse de son vocabulaire et à une syntaxe irréprochable. Après mon premier retour en 1991, j'avais pris l'habitude de lui écrire des lettres dans lesquelles je lui décrivais le décor de ma vie française, à Paris, ainsi que ses menus événements. Pour ce faire, je prenais grand soin d'être précis dans mes récits afin de faciliter son travail d'imagination, car tout de ce que je lui racontais devait lui sembler exotique. S'il était encore en vie, que lui dirais-je de cette forêt de sapins enflammée par la lumière du couchant ? Il faudrait trouver un équivalent à l'odeur des aiguilles tombées sur le sol, aux craquements qu'elles produisent sous le pas... A la façon dont cette énorme masse végétale amplifie les sons internes de notre respiration et de nos battements de cœur. Toutefois, cela dure moins de cinq minutes, le rougeoiement du soleil donne furtivement à la terre d'ici la couleur de là-bas : terre rouge de l'enfance.

17 déc. 2015

Tuk tuk / Cinéma au travail


Pour filmer la fête des retrouvailles, nous avions demandé à ma soeur aînée d'organiser une vraie fête. Le message était si bien passé que toute la régie avait bu et dansé comme si c'était la fête de fin de tournage. Il nous restait pourtant beaucoup à faire. Pour être au diapason de tous, mon frère et moi n'avions pas fait semblant. Dans cette scène, nous ne tenons debout qu'en nous appuyant l'un à l'autre, en ne nous souciant ni de tempo, ni de chorégraphie, ce qui a produit malgré tout une danse. Une seule famille assurait les prestations techniques : orchestre et sonorisation, location des tentes, tables et chaises, buffet, service, et même, comme ici, chorégraphie et danse. 

2 déc. 2015

du souvenir qui va s'effaçant

Les appareils numériques sont programmés pour surexposer. A peine levé, le jour doit être clair sans obscurité. Aussi, il convient de baisser de deux diaphes par rapport aux mesures normales de l'appareil photo, comme on plisserait les yeux pour supporter une trop grande clarté. Puis, quand la photo est prise, il faut encore l'assombrir avec un logiciel de retouche d'image pour la rapprocher du souvenir qui va s'effaçant du glissement subtil de la nuit vers le jour. Ce sont pourtant les seules lumières photogéniques s'agissant de photographie numérique, lever du jour et tomber de la nuit.