17 nov. 2015

Une voiture de rêve

Renault lance la R20 en novembre 1975, un mois avant l'arrivée du Pathet Lao au pouvoir et dix mois avant mon arrivée en France ; évidemment, c'est moi qui souligne. C'était le haut de gamme de l'époque, un cran en dessous toutefois de la R30, qui avait la même carrosserie mais un moteur plus puissant et des prestations supérieures. Voiture familiale pour tracer la route, notion que j'ai découverte en France, car au Laos il aurait fallu construire les routes avant de les tracer au volant d'une voiture. C'est encore le cas aujourd'hui, malgré les 8% de croissance annuelle depuis dix ans, malgré que les Laotiens sont de plus en plus nombreux à posséder une voiture. Ironie de l'histoire, ils auront découvert les embouteillages avant l'ivresse de la vitesse. Ironie confinant au cynisme du destin si on ajoute que le taux de mortalité est très élevé sur leurs routes cabossées du fait que le code de la route s'écrit en même temps que la population découvre la pratique quotidienne de l'automobile.

J'ai ce souvenir de l'enfance du bruit d'une voiture embourbée dans les ornières provoquées par la pluie d'été, sur un chemin situé à plusieurs centaines de mètres de notre maison. Il faisait nuit déjà, c'était l'heure exquise du bavardage dans l'obscurité après le dîner. Nous nous sommes mis en chemin pour aller secourir l'automobiliste pris au piège. D'autres familles du village en avaient fait autant, de sorte que ce fut une formalité de sortir la voiture de la boue. Je ne veux pas comparer avec la France d'aujourd'hui, les deux objets sont trop différents, mais avec le Laos d'aujourd'hui. Est-ce qu'on irait encore secourir spontanément une voiture embourbée ? Est-ce qu'on l'entendrait seulement ? Je dis cela parce que le trafic dans le même village, où vivent encore mes frères, ne connaît de répit qu'entre 22h et 6h du lendemain.

J'ai trouvé cette photo sur un site de vente entre particuliers. Dans l'annonce, il est dit que la voiture n'a pas roulé depuis vingt ans, et qu'elle est à vendre en l'état. Si mes finances m'avaient permis autant de fantaisie que l'écriture, je l'aurais achetée. Et ce que j'aurais comblé n'aurait pas été le besoin d'une voiture, mais le rêve de me souvenir de mes rêves les plus volatiles.

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