28 sept. 2015

En mémoire de Grand-père et Grand-mère

 extrait du film "Ici finit l'exil"

Grand-père, cinq ans après Grand-mère, s'en est allé.
Il parlait trop mal français, c'est-à-dire pas du tout,
et moi trop mal la langue lao, pour que nos dialogues
prennent d'autres chemins que ceux de la compréhension immédiate.
Je l'ai toujours connu souriant. 
Sur le tournage d'Ici finit l'exil, on avait peur de les déranger, Grand-mère et lui.
D'un sourire, Grand-père nous fit comprendre que rien ne pouvait les déranger.


15 sept. 2015

Le temps du sommeil


L'enfant dormait quand l'auto-stoppeuse était montée dans la voiture. Il était aux environs de 17 heures, j'avais du temps, celui du sommeil de l'enfant, celui d'une journée qui s'étirait et celui d'une route qui semblait tracée pour les road movies. Ma passagère se rendait dans un village perché sur les hauteurs du Diois oriental, loin du dernier grand bourg, à l'écart de la route principale. J'avais toujours avec moi mon appareil Pentax 6x7 pour photographier les cimetières protestants, sujet qui m'occupait alors. Je lui demandai s'il y avait des cimetières protestants dans son village. Elle dit que oui, elle me donna même les noms des familles concernées. Quinze minutes plus tard, je la déposai sur la place de son village. Elle prit le temps de m'indiquer le chemin qui menait au cimetière protestant. Puis elle disparut.

Je roulais lentement sur le chemin de terre bordé de haies. L'enfant fut très étonné de se réveiller dans un lieu qu'il ne connaissait pas. J'ai garé la voiture devant l'entrée d'un champ, nous avons marché jusqu'au cimetière. Il était abrité par des grands arbres qui lui donnaient une ambiance de jardin anglais. J'ai cherché plusieurs points de vue pour prendre les photographies. Voyant l'enfant jouer à faire des bulles de savon, j'eus envie de le photographier. C'était une fin de bobine, comme en atteste la brûlure du bord gauche. C'était l'été.

Deux ans plus tard, j'ai un souvenir précis du visage de l'auto-stoppeuse, qui ne me serait pourtant d'aucune aide pour la reconnaître. Cette phrase n'a de sens que si vous deviez l'appliquer au personnage d'une fiction.

Je ne suis jamais retourné faire les photographies que je n'ai pas faites du cimetière protestant.


4 sept. 2015

L'envol du dragon

D'une pellicule oubliée dans mon 24x36 Pentax K1000, appareil qui m'a accompagné durant la décennie ultime du siècle précédent. Développée dans une boutique de la grande ville la plus proche de ma verte vallée, Die, 4300 habitants, qui vend de tout, des poêles à bois, de outils, des fournitures scolaires, de la papeterie, des pellicules et développe jusqu'au format 120, c'est à dire 6x7. La photo a été prise en 2013, voici deux ans. Mon fils, en se voyant, n'en avait pourtant aucun souvenir. Il ne se souvenait pas être monté sur le dos du dragon.