14 juin 2015

Le dégré zéro de l'architecture


Il faudrait traduire ces termes par degré infini du plaisir de construire. Élever des poules et pour cela construire un poulailler constituent le prétexte, la suite se fait sans plan, en allers-retours à la déchetterie pour se fournir en matériaux. Selon cette confiance en l'intuition de ce qu'est une maison pour des poules, on se joue de la pente du terrain, inclination vers la recherche d'équilibre plutôt qu'inclinaison problématique. Les arbres au lieu d'être une gêne servent de points d'appui, ils donnent à la construction son orientation, et une protection appréciable contre le vent du Nord, qu'on appelle plus au sud le Mistral. Ici, en son lieu de naissance, c'est une force agissante autant que la gravité, surtout s'agissant d'abriter des poules, organismes aux corps légers (trois kilos de plumes). Les averses en ces jours de transition climatique de la chaleur printanière vers les grandes chaleurs de l'été révèlent immédiatement au constructeur les voies d'eau, les éléments de structure exposés aux intempéries. Et l'on a à l'esprit que les poules n'aiment pas plus être mouillées que les humains être traités de poules mouillées. Enfin, la chaleur quasi tropicale, du fait qu'elle s'ajoute à l'humidité de l'air, procure une certaine saveur à penser des solutions d'isolation du bâtiment contre le froid, en prévision des hivers dont chacun sait ici qu'ils sont rigoureux. J'avoue que je n'ai retenu aucun des modèles de poulaillers connus en Occident pour laisser libre cours à ma rêverie d'un retour au pays natal : mon poulailler est une maison laotienne sur pilotis dessinée par un enfant. Mon fils s'imaginait déjà l'habiter comme une cabane. Je lui ai expliqué qu'il était plus lourd qu'une poule. Qu'à cela ne tienne, il veut que je lui construise une petite maison laotienne capable d'accueillir des enfants. Je ne me suis pas fait prier pour lui en faire la promesse.


7 juin 2015

Petit matin


Le rituel est immuable, tous les matins, je vais voir si les plantes de mon jardin ont bien poussé. Il est tôt, la rosée mouille mes pieds chaussés de tongs ramenées de mon dernier séjour au Laos. La pluie avait été abondante durant la nuit, amenée par un orage, se prolongeant en pluie d'un été tropical qui n'existe pourtant pas sous nos latitudes. A l'approche du potager, j'entends un bruit que même un habitant de la ville saurait identifier, un "grouinement" de cochon. La bête est en réalité un sanglier. Même si je ne verrais d'elle que les traces qu'elle a laissées, c'est-à-dire les dégâts sur le terrain. C'est à la fois spectaculaire et délicat : la terre est retournée et travaillée de fond en comble, mais dans une zone précise, laissant intactes les rangées de petits pois d'un côté et les lignes de tomates de l'autre... Que la scène se fût passée de l'autre côté du grillage, dans le jardin de mes voisins, me permet d'examiner la situation avec une curiosité de bon aloi et une grande attention. Il est six heures du matin. J'entends les sangliers grouiner et courir dans les hautes herbes.