5 déc. 2013

Je cherche du travail, fanzine éphémère...

J'ai retrouvé le numéro 1, daté du 14.01.01, dans un de mes cartons de déménagement... Une feuille A4 pliée en quatre.









Pour sa prochaine livraison, Je cherche du travail s’appellera  peut-être J’ai envie de vacances ou bien encore Bruxelles est une femme fatale qui n’a tué personne. Pas de rubriques régulières, mais des mots se présentant tels qu’ils viennent à l’esprit de leur auteur. Pour gagner du temps et économiser l’argent (que nous n’avons pas), nous nous astreindrons à tout écrire d’une seule traite. Il se peut donc que certaines fautes échappent au correcteur d’orthographe de notre traitement de texte, et que le propos soit un peu déconnecté de l’actualité. Voilà, il est trois heures du matin, Jacques m’a coupé les cheveux. D’où vient que l’on se sente si bien quand on a les cheveux fraîchement coupés ? Aujourd’hui, c’est à dire hier, je n’ai pas mis le nez dehors. Au réveil, je l’avais même sous la couette. Profiter de l’instant du réveil est une des choses qui me rendent heureux. Ce que j’aime, dans l’instant du réveil, c’est qu’il n’est pas vraiment ce qu’on appellerait l’instant présent. En fait, ce que j’aime par dessus tout, c’est quand une vérité relève autant de l’expérience abstraite que de l’expérience concrète. Reste à savoir si le terme expérience saurait s’appliquer de la même manière à ces deux ordres… de quoi au fait ? De phénomène, de perception, de représentation, de vécu ? Enfant, il m’est arrivé de dire d’une montagne qu’elle était aussi grande que l’immeuble d’en face. Cela a beaucoup fait rire ma mère. Je ne suis pas sûr d’être en mesure, vingt-cinq ans après, de comprendre pourquoi elle a ri. Bien, je cherche du travail, mais ce soir, je serai à La Monnaie pour revoir Rain, la dernière création de Rosas, que j’ai déjà eu la chance de voir le soir de la première. Pour ceux qui ne le savent pas, c’est de la danse contemporaine. Pour ceux qui le savent et s’étonneraient de ce que j’aie les moyens de me payer des billets d’entrée, je peux juste dire qu’il y a dans la vie une explication pour tout. En tout cas, c’est neuf cents frans pour ceux qui peuvent mettre la main au porte-monnaie. De Munt, donc. Moi, je me contenterai de mettre mon porte-monnaie à la main. Dedans, il n’y a que des papiers que je finirai un jour par jeter. Sauf les papiers d’identité, bien sûr, ainsi que la carte de visite de Mme Dumas. Mme Dumas n’est pas l’arrière-petite fille d’un écrivain célèbre, c’est ma conseillère financière. Pourquoi je garde sa carte ? Peut-être pour avoir une vague idée de ce qu’est l’éternité. Cela fait en effet une éternité que je n’ouvre plus les lettres qu’elle m’envoie. J’espère aussi qu’un jour j’aurai le plaisir de lui annoncer par téléphone que je vais virer cinquante millions d’euros sur mon compte. En attendant, au début de chaque mois, je me dépêche de dépenser l’argent que la banque n’a pas encore réussi à bloquer. C’est une pratique courante, aussi je me permets d’en parler. Bref, ce soir, à La Monnaie, je vais voir de la danse. Rain d’ATK avec la Reine Taka… Entre un billet de cinéma et un repas, je n’hésite pas. L’idéal est d’avoir les deux, mais quand le choix se présente, je préfère ignorer ma faim. Evidemment, dans ces cas-là, il vaut


mieux être un cinéphile averti. Parce que si le film est mauvais, ou s’il s’appelle Le festin de babeth, alors on est foutu. Se méfier aussi des films chinois. Il y a toujours des scènes de repas interminables qui se passent dans la cuisine. Ces scènes sont redoutables en ce que la cuisine chinoise, en plus d’être savoureuse, est également très photogénique : aspect laqué, fraîcheur des couleurs, pittoresque des formes, etc. Sans oublier la puissance évocatrice des bruitages. Le bruit de pluie des légumes qui cuisent dans la fournaise du wok peut vous vriller l’estomac. Heureusement, je n’ai pas que des mauvais souvenirs de cinéphile solitaire et affamé. Par exemple, j’ai vu L’odeur de la papaye verte avec la femme que j’aimais et, après le film, nous sommes allés manger dans le meilleur restaurant laotien de Paris. Plus tard, quand je suis devenu célibataire, j’ai prisl’habitude d’enchaîner film chinois au MK2 (ancien 14 Juillet)-Beaubourg et repas vite fait (avant le film) ou tranquille (après le film) au bouiboui chinois de la rue Au Maire. Cet enchaînement n’a jamais posé de problème parce qu’un repas dans cet endroit coûte deux fois moins cher qu’un billet de cinéma, et parce que s’y jouait toujours une belle fusion entre le réel et la fiction. Pour la danse, c’est tout de suite le prix de quatre repas. Autant dire une grève de la faim. Comment faire ? Moi, je m’en sors parce que j’ai des amis dans le milieu. Idem pour le théâtre et les concerts. Malheureusement, il y a toujours des moments où personne ne peut m’aider. Alors, je trouve un compromis. Je vais quand même au spectacle, et les jours suivants je me lève le plus tard possible pour faire sauter un repas. Ou bien je mange macrobiotique, ce qui tend d’ailleurs à devenir mon régime alimentaire normal. De cette manière, j’ai mon compte de sommeil, mon content de culture, je mange sainement, j’économise de l’argent, et je construis ma conscience citoyenne sur cette exigence fondamentale : je mange ce que mon esprit réclame. Avant de venir ici, j’étais à Paris où, de l’an nonante-et-un jusqu’à l’an deux mille, j’ai exercé el métier d’instituteur. Auparavant, j’ai étudié les arts plastiques, sept années durant, dans trois universités différentes : Aix-en-Provence, Paris 8, Paris 4. Je ne suis pas venu à Bruxelles pour fuir Paris. Le plus simple est de dire que j’ai dû quitter Paris parce que grande était mon envie de venir vivre ici. Il en est de même du métier d’instituteur que j’ai dû abandonner non par lassitude mais parce que grande était mon envie de me consacrer à la photographie et à l’écriture, qui sont mes deux passions principales. Je cherche du travail, et je ne veux pas qu’on se méprenne sur mon compte. Surtout, je voudrais formuler le voeu que d’éventuels employeurs ne soient pas effrayés 1) Par le fait que je puisse avoir des passions. 2) Par la facilité que j’ai à écrire. 3) Par la singularité de ma démarche. J’ai trente deux ans, cela ne peut être en rien une garantie de sérieux. Mais d’un point de vue personnel, cela signifie que je n’ai pas de temps à perdre. Dès que j’aurai fini d’écrire ce numéro de JCDT, je l’imprimerai en un certain nombre d’exemplaires. Ensuite, pour économiser les timbres, j’irai à travers la ville pour le distribuer. On aura une idée de ce que je suis disposé à faire, de ce que je me sens capable de faire, de ce que j’ai envie de faire, etc. en prenant connaissance de la liste (non exhaustive) suivante qui recense les lieux où j’ai l’intention de me rendre : rédactions de journaux, agences de photo, maisons de la culture, associations, maisons d’édition, galeries d’art contemporain, théâtres, cinémas, cafés, boulangeries, magasins de vêtements, agences de voyage, écoles de devoirs, hôpitaux, auberges de jeunesse, etc. Tous ces lieux qui font que la vie est la vie. A Bruxelles comme ailleurs.

7 sept. 2013

La machine à voyager dans le temps


Le Pentax 6x7 me faisait les yeux doux dans un magasin de la petite ville voisine de mon tout petit village de la vallée de la Drôme, c'est à dire de la plus grande commune de cette terre nommée Diois (Die donc !). C'était au printemps dernier. Le vendeur raconta que cet appareil l'avait accompagné durant 30 années dans son ancien métier de photographe de mariage. Il trônait maintenant dans la vitrine des matériels d'occasion, entouré de trois optiques, arborant son grip en bois sculpté, comme un cabriolet anglais son volant en ronce de noyer. L'ancien photographe de mariage demandait pour le lot une modique somme, équivalant au prix d'un reflex 24x36 numérique amateur. Il eut un pincement au coeur quand je lui demandai de me réserver l'appareil, le temps que j'aille chercher de l'argent à la banque. Je ne sais pas pourquoi je voulus payer en liquide, peut-être parce que je ressentis le besoin d'une transaction de la main à la main. En geste de connivence, non commercial, le vendeur m'offrit une des pellicules qu'il gardait pour des raisons sentimentales. Il me vendit toutes les autres une fois suivante pour aller au terme de ce petit deuil professionnel. C'est avec une de ces pellicules que j'ai fait cette image au mois de juillet. L'ancien photographe de mariage développa mes films. Oui, chez lui, je peux acheter des pellicules 24x36 et 6x7, faire développer mes films. Pour les tirages, la filière est mixte : scan des négatifs, projection des négatifs sur papier argentique et chimie traditionnelle de développement. Le résultat n'est pas toujours heureux, cela dépend de la qualité des scan. Pour l'image ci-dessous, j'ai scanné moi-meme le négatif avec un Epson 4490, puis enlevé les poussières avec photoshop. Enfin,  j'ai étalonné les couleurs, la lumière, la densité, toujours avec photoshop. Cela prend le temps d'une remontée dans le temps, l'odeur des révélateurs, des bains lavants et des fixateurs en moins.



22 mai 2013

Pas une seconde à perdre


Si ce blog devait être réellement un journal intime, au lieu d'une chronique autofictionnelle, il ne contiendrait que le récit quotidien de la confection et du déroulement de mes repas. En voici un exemple, d'une totale indécence diététique, mais propre à rendre compte de ce qui contribue le plus sûrement à mon équilibre d'existence. Tout d'abord, il faut manquer de temps, n'avoir pas une seconde à perdre, pour se gratifier de pareille gourmandise. Ainsi, entre deux points d'un montage en cours (activité qui requiert la plus grande concentration), choisir une jolie pomme, pas trop grosse, l'éplucher soigneusement (si l'espèce est à se décomposer en cuisant, laisser la peau) et faire dorer à petit feu dans un mélange de beurre et d'huile d'olive (on peut préférer une une huile plus neutre). Adjoindre un boudin noir comme compagnon de cuisson. Laisser chanter l'ensemble à petit feu, et monter les odeurs de beurre, de compote, de caramel, de boudin. On peut reprendre son travail, à condition de rester debout pour garder un bon rythme d'allers et retours de l'ordinateur au fourneau. Quand le boudin est chaud et son enveloppe commence à craquer sous la dent, et quand les pommes sont dorées et moelleuse sans dureté en leur centre, ni mollesse en leur périphérie, verser ce qui restait de pâte à galette de la veille (il va sans dire que ce don des circonstances n'était pas prémédité, et si, comme ce fut le cas ici, la pâte était sucrée, c'est une délicatesse de plus ; il va sans dire aussi que le beurre est salé). La pâte étant parvenue à sa juste cuisson, jeter un bouchon d'alcool de reine-claude, de prune, ou mieux, une mesure de calvados ; d'un geste leste, pencher la poêle vers la flamme (mais afin d'éviter le contact avec le gaz, mieux vaut craquer une allumette sur les vapeurs de l'alcool). La flamme doit être aussi belle que l'envie de passer à table. Quand elle s'éteint, verser le tout dans une assiette et manger sans tarder. Une salade est bienvenue, roquette ou pissenlit ( il faut donc plus qu'un concours heureux des circonstances et, surtout, une sauce vive en acidité). Dans le verre, on peut continuer avec le calvados. Mais la raison impose, autant que les papilles le réclament, un bon cidre bien frais ou une clairette tradition, ce que je n'avais pas. Un chais du Grillon fut mon aubaine, ouvert la veille sur un poisson grillé : vin blanc du ventoux à base de clairette et de grenache blanc. Pour finir, point n'est besoin de dessert. Une bonne sieste fera l'affaire.

11 févr. 2013

Le facteur sonnera trop froid

Et si aujourd'hui était le premier jour d'une ère glaciaire... Le rosier qui ploie sous le poids de la neige, en travers des marches de l'escalier, ne reverrait plus le printemps. La photosynthèse, alors, redevenue concept des temps anciens. Fin du cycle des saisons. Par égard pour la sensibilité du lecteur, nous ne dirons rien de ce qui peut advenir du petit chat qui a laissé ses dernières empreintes dans la neige.