19 déc. 2012

Iceland

L'eau sous forme de glace prend l'aspect du verre. Trompe l’œil, trompant l'esprit. Le trouble vient d'un conflit entre la verticalité (les vitres aux fenêtres) et l'horizontalité (la flaque d'eau). Il se trouve bien sûr des contre-exemples, mais l'eau (le niveau d'eau) donne la mesure exacte de l'horizontal et le verre (des lunettes, des fenêtres, des porte-fenêtres...) la mesure subjective, donc exacte, de la profondeur de champ. Le verre est dans un déni essentiel de la pesanteur : marcher sur du verre équivaut à marcher sur des œufs.  Tandis que l'eau a besoin de la pesanteur pour se définir : la pluie tombe, le fleuve coule jusqu'à la mer. La mer elle-même s'étend à perte de vue par l'effet d'une gravité qui la plaque à la terre, jusqu'à la rotondité, définition ultime de l'horizontalité. Difficile de se représenter ce que serait la verticalité ultime. Dire aussi de l'eau qu'elle est une matière, un fluide ; dire du verre qu'il est une qualité. De sorte que l'eau n'est jamais plus troublante que quand elle est cristalline, et le verre jamais plus décevant que quand il est voilé. La glace est donc dans le paradoxe d'être à la fois eau et verre.

 
 

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