27 déc. 2012

Le rêve américain


De Bruxelles, nous prenons la route vers l'Allemagne peu avant midi. Jour de Noël gris, pluvieux, tiède. Nous faisons un crochet par le Grand-Duché de Luxembourg, dont la capitale éponyme ne parvient à nous ralentir que par le mécanisme des feux rouges et des stops obligatoires. Revenus sur l'autoroute, nous faisons une dernière halte à une station d'essence pour bénéficier d'un carburant non taxé à la vente. Puis nous filons de nouveau à grande vitesse en direction de l'Allemagne. La frontière est franchie sans que je ne m'en rende compte. A toutes les sorties d'autoroute, je lis le mot ausfahrt, j'en déduis qu'il doit signifier freiner ou ralentir.  Peu avant trois heures de l'après-midi, nous arrivons chez ma nièce Lady. Pourquoi elle habite une petite ville du côté de Kaiserslautern ? Répondre à une telle question reviendrait à raconter l'histoire du 20e siècle : les deux guerres mondiales, celles d'Indochine et du Vietnam, la Guerre Froide, l'histoire du cinéma, aussi, peut-être... Bref, née au Laos quelques années avant mon fils qui fait le voyage avec moi, ma nièce est partie aux Etats-Unis en 2005, où elle est devenue américaine peu de temps après en épousant un citoyen américain d'origine laotienne. Ce garçon est militaire instructeur en électricité pour l'US Air Force. Grâce à lui, je suis venu en Allemagne, et je pénètre dans une base militaire américaine. Il faut d'abord quitter l'Allemagne par le check point, en montrant sa carte d'identité. A l'intérieur, on est en Amérique. Il y a beaucoup de voitures, des centres commerciaux géants, des restaurants de type fast food où les sodas se consomment gratuits et à volonté... L'argent utilisé est le dollar américain, et le carburant se vend en gallons. En fait, il est gratuit pour les militaires. Ce que je ne savais pas, sinon, je n'aurais pas fait le détour par le Grand-Duché ! J'ai cru voir qu'ils payaient avec une carte à puce leurs dépenses spéciales. Enfin, après avoir fait le tour d'un supermarché, après avoir mangé de la nourriture chinoise américaine, après avoir bu un expresso de la taille d'un café liégeois, nous sommes allés au bowling. C'était une première pour moi. J'ai pu observer que les hommes forts et trapus sont bons à ce jeu. Mais également les femmes légères, les jeunes enfants, les personnes âgées encore en bonne santé. La boule est lourde conformément à ce qu'on peut imaginer. Le geste à trouver est plus subtile, à la fois très simple et très difficile à régler. J'ai fait deux strikes, et une dizaine de passages par les gouttières. J'ai bu de la bière. J'ai senti revenir un vieux torticolis et une douleur au bras droit. Je pense à ma soeur, mère de Lady, qui fait le ménage dans un hôpital d'Albuquerque. Quand j'aurai mon passeport biométrique, j'irai la voir.

26 déc. 2012

Icare


Les ornithologues utilisent des téléobjectifs très puissants pour photographier les oiseaux. Ils ont leurs raisons, qui se justifient pour des besoins de connaissance et de précision dans la description des espèces. Ils ont recours également au dessin scientifique : fond blanc, ligne noire, forme cernée, etc. Mais l'oiseau véritable est celui qui évolue loin de la vue des hommes, qui est vue de l'esprit, et se cache pour mourir. Il se définit par tout ce qui échappe à la description scientifique, à tout ce qui dépend des critères de genre et d'espèce. Leur compagnie est salutaire en ce qu'elle sème le trouble dans nos habitudes de penser et de représenter le monde. Il ne s'agit pas tant de rêver de voler comme eux, mais de cesser de penser comme des hommes, ce qui est le plus grand défi qui se propose aux hommes.




19 déc. 2012

Iceland

L'eau sous forme de glace prend l'aspect du verre. Trompe l’œil, trompant l'esprit. Le trouble vient d'un conflit entre la verticalité (les vitres aux fenêtres) et l'horizontalité (la flaque d'eau). Il se trouve bien sûr des contre-exemples, mais l'eau (le niveau d'eau) donne la mesure exacte de l'horizontal et le verre (des lunettes, des fenêtres, des porte-fenêtres...) la mesure subjective, donc exacte, de la profondeur de champ. Le verre est dans un déni essentiel de la pesanteur : marcher sur du verre équivaut à marcher sur des œufs.  Tandis que l'eau a besoin de la pesanteur pour se définir : la pluie tombe, le fleuve coule jusqu'à la mer. La mer elle-même s'étend à perte de vue par l'effet d'une gravité qui la plaque à la terre, jusqu'à la rotondité, définition ultime de l'horizontalité. Difficile de se représenter ce que serait la verticalité ultime. Dire aussi de l'eau qu'elle est une matière, un fluide ; dire du verre qu'il est une qualité. De sorte que l'eau n'est jamais plus troublante que quand elle est cristalline, et le verre jamais plus décevant que quand il est voilé. La glace est donc dans le paradoxe d'être à la fois eau et verre.

 
 

10 déc. 2012

Mécanique des fluides


Au démarrage, ça fait comme quand on essaie de parler après avoir avalé un œuf dur de travers : les mots ne sortent pas. Bref, il faut attendre un peu avant d'entendre le moteur tourner...La nuit, la température tombe aux alentours des - 15° Celsius. Outre la batterie qui serre (quoi, ses dents ? je sais pas...), y'a aussi le frein à main qui desserre plus ses mâchoires. On est tout content d'entendre le moteur tourner, on enlève le frein à main, on passe la première, on accélère doucement pour attraper la glace, et... les roues restent bloqués ! Circuit de frein à main gelé ! Les nordiques savent ça. L'an dernier, j'étais au Laos quand il a fait grand froid ici, j'ai pas connu l'expérience du frein à main gelé... Pour ceux qui ont suivi, ne pas mettre le frein à main en hiver, mais passer une vitesse.