15 août 2012

30 MARS 2012 Invention du paysage

En cas d'urgence, il y a deux autoroutes, l'une côté vallée du Rhône (Montélimar), l'autre côté vallée du Buech (Sisteron)... En empruntant l'un des deux itinéraires, Marseille est à trois heures de mon village. Heureusement, ma vie est ainsi faite que le mot urgence a peu d'occasions de s'appliquer. En vérité, c'est mon esprit qui ne lui accorde que peu de sens. Il m'est déjà arrivé de mettre sept heures pour accomplir ce voyage, sans pour autant avoir l'impression d'arriver en retard. En étant bien moins fatigué que si j'avais fait le trajet en trois heures. Quand je monte dans la voiture, la question n'est pas "à quelle heure je vais arriver ?" mais "quel nouvel itinéraire je vais inventer ?". Cela tient à  la fois de l'invention du paysage, en tant que le paysage, surtout s'il est familier, est un objet exotique, et du questionnement existentiel : le paysage, en effet, est une extension de mon être... une expression de mon être comme étendue. Dire d'un beau paysage qu'il est beau, c'est insuffisant. Il reste encore à déterminer en quoi il nous bouleverse et nous définit. C'est proprement vertigineux, car toujours les mots nous manquent. On ne sait jamais ce qui du lointain nous touche de si près. Le sentiment de n'être rien, peut-être, mais cela n'advient qu'en fin de vie, et cela s'appelle la sagesse. Le sentiment d'être de retour au pays de l'enfance, ce qui n'appelle aucune explication rationnelle, et c'est le propre des années d'apprentissage. 

Que dire enfin de l'arrivée à Marseille ?
Une sorte de réveil en sursaut.
Et l'on ne sait plus qui on est, d'où on vient, où on va....

1 commentaire:

  1. « […]Avec cette notion “d’empiètement”, le sujet n’est plus ce spectateur transcendantal, point limite du monde parce que non situé en lui ; il est corps enveloppé par le monde, constitué de la même chair que lui, participé par le monde et non face à lui. Monde et corps sont une seule entité, et non plus une substance (res cogitans) face à une autre (res extensa) ; ils sont un même continuum, fait de la même texture ; je ne suis pas devant le monde mais nous sommes dans un rapport “d’enjambement”, “d’embrassement”, que dit in fine la notion d’empiètement. C’est cet “extraordinaire empiètement” qui permet de penser ma relation au monde comme contact plus que comme frontière. […] »
    Comme je ne me balade pas toujours avec Merleau-Ponty dans ma poche, je n’ai pu trouver que ce commentaire d’Isabelle Thomas-Fogiel (1) , pertinent mais qui demandera peut-être seconde lecture, pour illustrer combien tes propos m’ont fait penser à Merleau. Dans 'Phénoménologie de la perception', ou peut-être dans 'La prose du monde', il y a de très beaux passages sur la conscience du monde qui s’étend de mes yeux à l’horizon de mon regard. Je suis ce que je vois. On comprend mieux alors comment les paysages façonnent les hommes…
    Il y avait longtemps que je ne t’avais pas lu. C’est toujours avec bonheur.

    (1) http://www.cerium.ca/IMG/pdf/PEKIN_2008_Merleau.pdf



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