15 août 2012

13 JUIL 2012 Le temps de l'oubli

Rien de plus salutaire que le désordre ordinaire, et l'acte de faire le ménage procure d'autant plus de satisfaction que le rangement auquel on s'astreint ne fait qu'augmenter la sensation que nous échappe le sens réel de nos gestes, de nos mouvements, des agencements du corps et de l'esprit. De là, ma réticence à réclamer de mon fils qu'il range ses affaires, alors que moi-même, je passe mon temps (c'est à dire dans l'oubli du temps) à laisser dériver toute notion de rangement. Poésie de l'objet qui ne trouve jamais sa place, sa fonction, sa valeur d'usage. Intimité de ce qu'on sait être là, à portée de main, qu'on ne touche finalement qu'en imagination. Tel numéro de téléphone d'un amour d'une jeunesse imaginée, griffonné sur un ticket de métro, qu'on ne jettera jamais, qu'on retrouve chaque fois qu'on s'occupe d'affaires sérieuses, impôts, sécu, assurance, au milieu d'une pile de fiches de paye, de quittances de loyer, de factures, de lettres de Madame Dumas, conseillère financière à la Société Générale... Tel billet d'avion d'un voyage à l'autre bout du monde, en terre natale, dont on sait qu'une seule vie ne suffira pas pour en revenir.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire