10 mai 2010

Juliette au soutien de Coline

Je transmets de Juliette ces mots que les solutions globales ne lui ont pas permis de poster par elle-même... 


Bonsoir Kiyé
J'ai voulu entrer un commentaire, un peu tardif, au sujet de Solutions Locales…
Or après avoir écrit un texte génial en direct dans la case correspondante, qui s'est perdu par le hasard d'une manip incontrôlée… j'ai quelques jours + tard récidivé en passant par un brouillon, qui bien entendu résiste à se laisser copier/coller et qui de surcroît est trop long pour le format des commentaires.
Mon invitation à publier est paraît-il arrivée à échéance. 
Que de soucis, donc pour apporter mon modeste soutien à Coline S.
Il me reste à te livrer mon texte pour que tu en fasses ce que bon te semblera, si toutefois tu disposes de moyens informatiques et de temps pour t'en préoccuper au milieu de tant de choses à régler ces temps-ci j'imagine.
Je t'embrasse,
juliette
Retard de conversation

Coline Serreau a fait du chemin depuis   Trois hommes et un couffin.
Aucun de ses films ne doit être tout à fait réussi. Ne doit … car je ne me sens pas la compétence de l'affirmer. J'ai passé ces trente dernières années plus souvent aux champs qu'au cinéma. Mais en dehors de toute considération technique, il est des préoccupations qui savent être partagées ou non. 
Si la salle applaudit à la fin d'un film c'est que les gens n'ont pas trouvé d'autre moyen de dire leur accord. Ils se le disent comme ça, les uns aux autres, presque maladroitement puisque les codes ont changé et qu'il n'est pas prévu de s'exprimer au cinéma. Mais finalement tous comprennent : ils sont contents de ce qu'ils ont vu.
Pourtant les affaires du monde vont mal ! La situation est même catastrophique.

Quand Agnès Varda se frotte au peuple des ingénieux recycleurs des temps modernes, elle parle d'elle et encore d'elle. Les Glaneurs et la Glaneuse m'avait irritée en son temps.
Quand Coline Serreau s'essaie à l'utopie dans La Belle Verte ou parle des prostituées dans Chaos, quand elle balance un documentaire écolo sur le marché des indignations avec Solutions locales…, elle parle du monde. 
Rien que pour cela, je lui en suis reconnaissante.

Certains ont pu trouver La Belle Verte un peu faiblard sur le plan politique au niveau des solutions proposées. Mais tout le monde sait que ce qui compte dans la démarche utopique c'est l'occasion donnée de critiquer  ce qui existe, à la lumière de ce qui pourrait exister. 
De Thomas More à William Morris en passant par Voltaire, de Gébé à  Henri Mandras …
… le sujet réel c'est le monde comme il va et il va mal quelle que soit l'époque, 
… le sujet apparent c'est un délire plus ou moins réjouissant selon les auteurs, 
… et l'important ce sont les questions soulevées, pas les réponses apportées.

Dans La Belle Verte on rit souvent. Coline Serreau ne se prend pas au sérieux. Mais elle pointe quelques belles absurdités de cette société. 
Avec Chaos, sûrement truffé d'imperfections, elle jette un regard de femme, et d'être humain sur la prostitution. Elle donne voix. Et quelquefois il faut le faire.
Coline Serreau va là où il lui semble urgent d'aller. Elle a parlé également des mines antipersonnel, des violences conjugales, …
Je n'ai pas vu La Crise, qui date de 18 ans déjà. Je sauterai sur la prochaine occasion. Encore un film imparfait ? Peut-être. Mais au bout du compte se dessine un engagement, une détermination à dire. Pas de ton sentencieux, de la légèreté même - quand c'est possible - sur des sujets préoccupants.

Solutions locales… a un mérite, avons-nous pensé ma copine et moi en sortant de la salle de St Marcellin où, comme à Die, l'écran masqué ici par un rideau aux réclames désuètes  a été applaudi : celui de transmettre que la décroissance, si elle est inéluctable, peut être aussi joyeuse.
Voilà un beau message dans le contexte désespérant d’un monde qui court à sa perte, quand il va falloir partager tous nos acquis occidentaux avec le Sud - quelle poisse !- à l’heure où tant de choses ordinaires vont se faire rares - l'eau, l'air, qui sait… -  et où la peur de manquer resurgit.
Et là, petite dose d'espoir,  réaffirmée dans les sourires à la fin du film …  : on va devoir partager,  c'est somme toute plutôt réjouissant et  si ça se trouve on va vivre mieux !   
Il y a des gens qui se bougent, avec des moyens ordinaires comme un peu d'intelligence et beaucoup de bon sens, et qui tels Yukong, soulèvent des montagnes. 
Coline Serreau fait parler des gens connus. Il n'y a pas de scoop dans son film. Les personnes un peu informées des questions de l'écologie ont déjà croisé un grand nombre des intervenants de ce documentaire : ils prennent la parole dans des colloques internationaux, ont écrit des livres, ont fondé des associations actives, mis en place des tas de réseaux, signent des articles dans des revues. Mais elle les a réunis par la magie du montage et on se doute qu'ils ne sont pas les seuls à oeuvrer. 
Ça fait une pierre de plus à la constitution de l'air du temps. 
Que les critiques pleuvent ! Au moins on parle de choses qu'il vaut mieux ne plus taire.
 
Un des grands maux de la planète, à mon sens, c'est le retard de conversation…



Thomas More, Utopia, 1516
Voltaire, Candide, 1759, Micromégas,…etc
William Morris, Nouvelles de Nulle Part, 1890
Gébé, L'An 01, 1970
Henri Mandras, Voyage au pays de l'utopie rustique, 1979
Agnès Varda, Les glaneurs et la Glaneuse, 2000
Coline Serreau, La Crise, 1992
                              La Belle Verte, 1996
                              Chaos, 2001 
                              Solutions locales pour un désordre global, 2010
Comment Yukong déplaça la montagne, conte chinois

Et pour ajouter de l'eau au moulin, ce lien pour jeter un coup d'oeil à une initiative locale :
Jean Paul Jaud, Nos enfants nous accuseront, 2008
http://www.youtube.com/watch?v=l0jZClMxH6M&feature=related

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire