29 mai 2010

Par une nuit de pleine lune

Sur la hauteur nord, nord-ouest de Barnave, par une nuit de pleine lune, des musiciens scellent leurs retrouvailles avec un programme de valses tristes, de tangos dérivants, et autres danses de salon de maisons abandonnées. Le public entre sur la piste comme des danseurs de Pina B sortent des coulisses. L'accordéoniste avait un tempo imperturbable et donnait très peu de soufflet, comme s'il retenait constamment sa respiration. Dans la pièce de théâtre jouée en première partie - il faisait encore jour dehors - du sable s'écoulait d'une valise.

24 mai 2010

Laurel et Hardy


Ces deux salades ont été plantées en même temps, juste avant les derniers gels avérés et redoutés dits des Saints de glace. Celle de droite a reçu le pommeau de l'arrosoir au premier arrosage, choc à la suite duquel elle donna des signes alarmants de détresse. Surtout, après que le froid eût succédé brutalement aux belles journées de la dernière semaine d'avril, on la donna pour morte.

Cette petite note a été l'occasion pour moi, après une recherche sur internet, de préciser un point flottant de mon imagination. Les saints de glace avaient pour noms Mamert, Pancrace et Servais... Ils n'ont pas de lien de parenté avec Mireille Darc, une des actrices (avec Marlène Jobert) dont j'attendais de voir les seins nus dans les films en noir et blanc de la télévision de mon adolescence.


Je me souviens enfin que dans Domicile conjugal, de Truffaut, Léaud dit, en regardant sous la chemise de nuit de Claude Jade : "Tes seins, on dirait Laurel et Hardy... Il y a le gros et le petit !" (Dialogue retranscrit de mémoire. Si vous avez le dvd chez vous, trouvez et envoyez-moi les mots exacts, merci)




23 mai 2010

Un Saint-Jean Nid Vert

"Bien qu'il repose d'abord, inerte et amorphe dans une soucoupe, le pouvoir est aux mains du savon de rendre consentantes, complaisantes les nôtres à se servir de l'eau, à abuser de l'eau dans ses moindres détails. Et nous glissons ainsi des mots aux significations, avec une ivresse lucide, ou plutôt une effervescence, une irisée quoique lucide ébullition à froid, d'où nous sortons d'ailleurs les mains plus pures qu'avant le commencement de cet exercice." Francis Ponge



Avis à la population... Les fous du volant
débarquent à Barnave le samedi 26 juin 

Pour redonner du sens à la fête de la Saint Jean, jadis la fête la plus courue de la saison, le Comité des Fêtes Lez Arts de Barnave organise l’après midi une descente en Caisse à savon de la rue principale. A cette occasion, les Barnavois mettent aux défis les villages d’alentour de venir rafler la coupe ! 

Il y aura sûrement de la casse ( port du casque obligatoire), on sera certainement surpris par des équipées désopilantes (prix du look le plus crazy) ; mais la journée sera décoiffante ! 

Après la remise des prix constituée de fabuleux voyages, pilotes rescapés et public (également rescapé) se retrouveront autour d’un barbecue. 

A la nuit venue, un feu colossal sera embrasé et le groupe « La Roue Tourne » lancera le bal jusqu’au bout de la nuit. 

Bref que du bonheur ! 

Alors peureux et trouillards, s’abstenir, et bienvenue aux Fangio et Choux-Marreur de tout bord. 

Pour tous renseignements et inscriptions des équipages, impératif de contacter Arnaud (la maison en face de l'église)

* du landau du petit dernier, au fauteuil roulant de l’arrière-père, pourvu k’sa roule ! 
**sera accepté tout véhicule fabriqué maison où objet roulant non motorisé mais piraté ou customisé (ex 2 skates avec 1 baignoire fixée dessus, ou vélo en partie démonté etc) 

PS : inutile d’avoir le permis de conduire 

19 mai 2010

Le géant de Barnave

Il a aussi une femme. Quand elle est allongée, le bleu de ses yeux se fond dans le bleu du ciel. Phénomène que l'on pourra vérifier à la fin de l'hiver, un peu avant la Saint-Jean...

10 mai 2010

Rencontre du 3e type

Ceci n'est pas Isabella Rossellini, mais une photo d'elle (jeune) derrière une plante verte au cinéma Le Pestel à Die, Drôme 26. (Elle vous passe le bonjour)

Ceci est une apparition de Luc Moullet dans la salle du cinéma Le Pestel, à Die, Drôme 26. (Il n'a pas de message personnel à vous dire)

C'est peu de dire que j'attendais beaucoup, car depuis longtemps, du RDV avec Luc Moullet. Pour l'occasion, Le Pestel, ce lieu accordé à mes désirs, avait fait les choses bien. On avait fleuri le bar et le buffet. A la séance du matin, on était reçu avec un petit-déjeuner café, thé, croissant, pains et confitures maison... A la sortie de cette même séance, sur les coups de midi donc, un brunch suffisamment copieux pour s'appeler déjeuner nous attendait... Et Fabien, qui avait officié en cabine, était maintenant derrière le bar, ce qui n'est qu'une manière de parler puisqu'il était aussi devant, autour et partout, l'œil aux aguets. Je parle de Fabien mais je dois à la vérité de dire que Le Pestel est un repère de Dames... Elles étaient là, donnant au geste d'offrir sa noblesse qui réside non pas dans la politesse mais dans ce qui n'appartient qu'aux femmes : combler une faim universelle, c'est-à-dire irraisonnée...

C'était dimanche matin, il tombait dehors la petite pluie insistante du printemps. J'ai abordé monsieur Luc Moullet avec ces mots : "Vous avez votre ticket ?". Ce trait d'humour proféré avec le plus grand sérieux fut accueilli sans étonnement. La réponse fut un non minimal, qui n'offrait aucune prise à une autre relance sur le même registre. Je me retirai sans risquer d'importuner le cinéaste et me glissai dans la salle pour voir les deux films du matin : un court métrage (Le litre de lait) et un long métrage (Le prestige de la mort). Me reviennent en mémoire les mots du cinéaste disant après la projection : "Comme tout auteur de films comiques, j'aspire à faire un film qui ne fasse pas rire."

Je revins à la séance de fin d'après-midi pour voir deux autres films : un court métrage (Foix) et un long métrage (La Terre de la folie). Quatre jours se sont écoulés depuis, et je pense avoir vu en un seul dimanche quatre films de Luc Moullet qui ne font pas rire. Dans le fond, cela ne doit pas surprendre : il suffisait de lire les titres des films pour être prévenus. Voilà assez de grain à moudre pour un développement dans Ciné Dié. Je prendrai tranquillement le temps pour m'acquitter de cette tâche. Pour l'heure (l'instant), restons dans la douceur du Pestel dont le nom m'intrigue depuis le début par son voisinage sonore d'avec pistil, pastel et peste. Sur Wikipedia, je trouve Pestel (Créole : Pestèl) est une ville d'Haïti, située dans le département de Grand'AnseDie, ville d'outremer ? Cela expliquerait bien des mystères. Je sais seulement que le dimanche de la rencontre avec Luc Moullet, ce dernier a été le témoin (à son insu) de mes fiançailles avec Le Pestel. Ce n'est pas rien.




Juliette au soutien de Coline

Je transmets de Juliette ces mots que les solutions globales ne lui ont pas permis de poster par elle-même... 


Bonsoir Kiyé
J'ai voulu entrer un commentaire, un peu tardif, au sujet de Solutions Locales…
Or après avoir écrit un texte génial en direct dans la case correspondante, qui s'est perdu par le hasard d'une manip incontrôlée… j'ai quelques jours + tard récidivé en passant par un brouillon, qui bien entendu résiste à se laisser copier/coller et qui de surcroît est trop long pour le format des commentaires.
Mon invitation à publier est paraît-il arrivée à échéance. 
Que de soucis, donc pour apporter mon modeste soutien à Coline S.
Il me reste à te livrer mon texte pour que tu en fasses ce que bon te semblera, si toutefois tu disposes de moyens informatiques et de temps pour t'en préoccuper au milieu de tant de choses à régler ces temps-ci j'imagine.
Je t'embrasse,
juliette
Retard de conversation

Coline Serreau a fait du chemin depuis   Trois hommes et un couffin.
Aucun de ses films ne doit être tout à fait réussi. Ne doit … car je ne me sens pas la compétence de l'affirmer. J'ai passé ces trente dernières années plus souvent aux champs qu'au cinéma. Mais en dehors de toute considération technique, il est des préoccupations qui savent être partagées ou non. 
Si la salle applaudit à la fin d'un film c'est que les gens n'ont pas trouvé d'autre moyen de dire leur accord. Ils se le disent comme ça, les uns aux autres, presque maladroitement puisque les codes ont changé et qu'il n'est pas prévu de s'exprimer au cinéma. Mais finalement tous comprennent : ils sont contents de ce qu'ils ont vu.
Pourtant les affaires du monde vont mal ! La situation est même catastrophique.

Quand Agnès Varda se frotte au peuple des ingénieux recycleurs des temps modernes, elle parle d'elle et encore d'elle. Les Glaneurs et la Glaneuse m'avait irritée en son temps.
Quand Coline Serreau s'essaie à l'utopie dans La Belle Verte ou parle des prostituées dans Chaos, quand elle balance un documentaire écolo sur le marché des indignations avec Solutions locales…, elle parle du monde. 
Rien que pour cela, je lui en suis reconnaissante.

Certains ont pu trouver La Belle Verte un peu faiblard sur le plan politique au niveau des solutions proposées. Mais tout le monde sait que ce qui compte dans la démarche utopique c'est l'occasion donnée de critiquer  ce qui existe, à la lumière de ce qui pourrait exister. 
De Thomas More à William Morris en passant par Voltaire, de Gébé à  Henri Mandras …
… le sujet réel c'est le monde comme il va et il va mal quelle que soit l'époque, 
… le sujet apparent c'est un délire plus ou moins réjouissant selon les auteurs, 
… et l'important ce sont les questions soulevées, pas les réponses apportées.

Dans La Belle Verte on rit souvent. Coline Serreau ne se prend pas au sérieux. Mais elle pointe quelques belles absurdités de cette société. 
Avec Chaos, sûrement truffé d'imperfections, elle jette un regard de femme, et d'être humain sur la prostitution. Elle donne voix. Et quelquefois il faut le faire.
Coline Serreau va là où il lui semble urgent d'aller. Elle a parlé également des mines antipersonnel, des violences conjugales, …
Je n'ai pas vu La Crise, qui date de 18 ans déjà. Je sauterai sur la prochaine occasion. Encore un film imparfait ? Peut-être. Mais au bout du compte se dessine un engagement, une détermination à dire. Pas de ton sentencieux, de la légèreté même - quand c'est possible - sur des sujets préoccupants.

Solutions locales… a un mérite, avons-nous pensé ma copine et moi en sortant de la salle de St Marcellin où, comme à Die, l'écran masqué ici par un rideau aux réclames désuètes  a été applaudi : celui de transmettre que la décroissance, si elle est inéluctable, peut être aussi joyeuse.
Voilà un beau message dans le contexte désespérant d’un monde qui court à sa perte, quand il va falloir partager tous nos acquis occidentaux avec le Sud - quelle poisse !- à l’heure où tant de choses ordinaires vont se faire rares - l'eau, l'air, qui sait… -  et où la peur de manquer resurgit.
Et là, petite dose d'espoir,  réaffirmée dans les sourires à la fin du film …  : on va devoir partager,  c'est somme toute plutôt réjouissant et  si ça se trouve on va vivre mieux !   
Il y a des gens qui se bougent, avec des moyens ordinaires comme un peu d'intelligence et beaucoup de bon sens, et qui tels Yukong, soulèvent des montagnes. 
Coline Serreau fait parler des gens connus. Il n'y a pas de scoop dans son film. Les personnes un peu informées des questions de l'écologie ont déjà croisé un grand nombre des intervenants de ce documentaire : ils prennent la parole dans des colloques internationaux, ont écrit des livres, ont fondé des associations actives, mis en place des tas de réseaux, signent des articles dans des revues. Mais elle les a réunis par la magie du montage et on se doute qu'ils ne sont pas les seuls à oeuvrer. 
Ça fait une pierre de plus à la constitution de l'air du temps. 
Que les critiques pleuvent ! Au moins on parle de choses qu'il vaut mieux ne plus taire.
 
Un des grands maux de la planète, à mon sens, c'est le retard de conversation…



Thomas More, Utopia, 1516
Voltaire, Candide, 1759, Micromégas,…etc
William Morris, Nouvelles de Nulle Part, 1890
Gébé, L'An 01, 1970
Henri Mandras, Voyage au pays de l'utopie rustique, 1979
Agnès Varda, Les glaneurs et la Glaneuse, 2000
Coline Serreau, La Crise, 1992
                              La Belle Verte, 1996
                              Chaos, 2001 
                              Solutions locales pour un désordre global, 2010
Comment Yukong déplaça la montagne, conte chinois

Et pour ajouter de l'eau au moulin, ce lien pour jeter un coup d'oeil à une initiative locale :
Jean Paul Jaud, Nos enfants nous accuseront, 2008
http://www.youtube.com/watch?v=l0jZClMxH6M&feature=related

6 mai 2010

Trapézoïdéale

Tout est là, dans l'image, je ne sais qu'écrire de plus, même si l'image ne cesse d'en appeler à l'émergence des mots. C'est un trapèze, devant un horizon profilé par le Glandasse. Nul besoin de la présence de la belle trapéziste dans l'image : on, la voit.

4 mai 2010

solutions locales... solutions low cost

Quelques remarques sur Solutions locales... et je n'en parlerai plus. 1) La séquence finale montrant tous les intervenants de l'exposé (mot qui remplace le mot film) dans de grands éclats de rire est difficile à avaler. Parce qu'on n'a pas besoin de voir des gens rire dans un montage réalisé à cet effet pour adhérer à leur pensée ou pour seulement comprendre ce qu'ils disent. 2) Chaque fois qu'on voit des paysans d'un pays pauvre, le montage assemble non pas des images mais des imageries à grand renfort de musique sentimentale... 3) Les solutions locales sont portées à travers le monde par des experts occidentaux ou occidentalisés. Cela laisse le sentiment que la révolution en marche est loin de son accomplissement.

Je me permets de m'attarder sur ces détails tout en étant convaincu des thèses défendues par le film. Car plus les enjeux sont grands, plus les considérations de forme sont importantes. Il me semble.

2 mai 2010

Mrs Spok

Avec tout ça (le lecteur mettra ce qu'il voudra dans ces trois mots) je n'ai pas eu le temps de parler du film de Coline Serreau, Solutions locales...

Vous connaissez le protocole : je chronique les circonstances dans l'orient de l'Orient, et je parle des films plus précisément dans Ciné Dié.

Coline Serreau, c'est pour tout le monde la réalisatrice de Trois hommes et un couffin, et ce n'est pas de ma faute ! Par ailleurs, la dame a une filmographie comportant 14 titres dont je n'avais vu qu'un seul avant Solutions locales..., Le couffin en question, à la télé comme il se doit, dans ses deux versions : occasion de signaler que l'américaine, Three men and a baby, a été réalisée par Monsieur Spok (Leonard Nimoy), Magnum Tom Selleck reprenant un des rôles de papa improvisé...



Hier, on avait des amis de Saint-Julien en Quint à dîner... J'avais fait rôtir un gigot de Nouvelle-Zélande, une cuisse grande comme le bras d'un lanceur de poids. Mais tout le reste était local. A part le riz. Les courgettes, les fromages, la salade. Les pommes qui ont garni la tarte, je sais pas. Elles venaient du marché de Die. Le vieux qui me les a vendues à 13h bien sonnées n'a pas pris la peine de les peser. Il y en avait au moins deux kilos et demi. Il a dit, allez, 1 euro... J'ai pas discuté !

Avec tout ça, le lecteur va croire que je n'ai pas aimé le film. Il aurait tort : il n'y a pas de film. Il y a un sujet, une information à donner, une communauté de pensée, une prise de conscience, des intervenants formidables mais de film, presque rien... Des images, certes, beaucoup de musique et, surtout, des paroles qui disent et redisent que La Terre est Notre Mère. Alors, j'ai repensé tout le temps au seul film que je connaissais de Coline Serreau : Trois hommes et un couffin. Et je me suis demandé s'il y avait un message dans ce film-là que j'aurais loupé.

Pour cette fois, j'aurais tout dit d'un film dans l'orient de l'Orient. Il n'y aura donc pas de développement dans Ciné Dié. Cela tient beaucoup au fait que j'ai vu Solutions locales... à Die, dans une terre déjà sensibilisée et informée sur la question.

Le soir de Solutions locales..., la salle du Pestel était bien garnie. Au moins 35 spectateurs. La plus grande affluence que j'ai pu observer ici. Et des applaudissements à la fin du film. C'est rigolo d'applaudir un écran avec un générique qui défile. On aurait cru que Coline en personne allait venir boire une bière bio avec nous au bar du Pestel.