14 avr. 2010

le partage demi-Die

Il est avéré que le lecteur d'un blog ignore à peu près tout des circonstances dans lesquelles l'auteur écrit ses textes. Il arrive aussi que l'auteur lui-même ne sache pas trop où il est lui-même. C'est précisément le cas pour votre serviteur aujourd'hui. D'une part, il doit s'acquitter d'un déménagement, et cela prend plus que le temps de décharger les caisses du camion. D'autre part, il doit rendre l'ancien logement présentable pour ses futurs occupants. Les deux logements étant distants de 300 km, les allers-retours sont assez fastidieux et augmentent la sensation de faille. Bien sûr, ayant trop dit, l'auteur prend soin de n'en pas dire assez ce qui aura, il l'espère, le don d'énerver son lecteur. Et la lectrice alors ? Pfff, pas le temps de nuancer. Ah, oui, détail qui n'en est pas un : il fait beau.

10 avr. 2010

L'autofictif

Le petit paletot violine qui a tant ému Eric Chevillard aujourd'hui me donne envie d'envoyer les lecteurs de cette page vers le lieu où notre ami s'exerce chaque jour à l'art difficile de l'aphorisme, d'aucuns parlent de haïkus, pour le bonheur de ceux qui aiment à bousculer l'ordre du monde.
Ainsi cette délicieuse retenue avant-hier :
J'hésite à embrasser cette grenouille : la princesse aura-t-elle d'aussi jolies cuisses ?
http://l-autofictif.over-blog.com/

5 avr. 2010

Vertige des comptes au bonheur des contes

Ma banque me propose de participer à un tirage au sort et me donne à choisir entre une voiture et 30 000€. Que faire ?
Si je n'étais pas l'heureuse élue, je pourrais toutefois devenir l'une des cent personnes susceptibles de recevoir un iPod. (J'ai évité la marque de la première alouette et soudain je m'interroge sur l'existence d'un nom commun pour désigner cet objet de la taille d'un miroir de poche dont j'ignore d'ailleurs l'usage exact)
Jusqu'à ce jour je vivais dans la certitude que j'allais prochainement acheter une voiture d'occasion puisque j'apprends tardivement à conduire, pour aller de ci delà.
Ma banque me déstabilise dans mes certitudes.
La voiture était un mal nécessaire pour récupérer une autonomie égarée, imaginer une suite à mon existence en reconversion, trouver peut-être un travail passionnant et rémunérateur pour subsister jusqu'à la saison nouvelle.
30 000€ règlent tout en douceur. Et l'auto et quelques saisons encore.
Ainsi renonçant à gérer ma vie je pourrais m'en remettre au sort, consulter les oracles, tenter d'attirer l'attention des fées. Qui sait finalement s'il n'est pas écrit quelque part que je serai chanceuse. Savoir à quoi m'en tenir m'aiderait à tromper l'attente, vertigineuse.
La tentation du retour à ces temps anciens où le cours de nos vies nous échappait car il était entre les mains des dieux, est grande. Il suffisait d'influer tant bien que mal sur les détails mais l'idée générale, quoi qu'on fît, nous échappait : Orphée finissait quand même par se retourner, Œdipe par réaliser ses malédictions en cascade. Eventuellement riche en péripéties, la vie toute tracée était simple.
Et cela est tentant ?
Mais bien sûr ! La Belle au Bois Dormant a trouvé un Prince sans trop de fatigue, J. pourrait trouver une voiture et la vie qui va avec pour le prix d'un timbre...
Au lieu de quoi l'idée de destin et ses délices, cultivée pourtant depuis l'enfance, a cédé chez moi le pas à un existentialisme aride et son cortège de choix où va se nicher la liberté.
Mais heureusement il reste les contes.

4 avr. 2010

Géopoétique grivoise

Juliette voulait poster le texte ci-dessous en guise de commentaire de mon texte intitulé De l'expansion de l'univers, elle l'a donc fort logiquement placé sous celui intitulé L'heure d'été (Jeanne à Die), ce qui change légèrement le sens de son intervention... à moins qu'elle ne fasse partie des personnes que la Balibar met dans des dispositions particulières. Bref, voici les mots de Juliette, à la place qu'ils méritent, exposé à la vue de tous comme un article presque autonome (mes explications sont peut-être un peu longues...) ou comme une de ces annonces qu'on scotche sur la porte de la boulangerie :

Une amie de Savoie, et par suite étrangère à cet autre pays de France qu'elle traversait, s'étonna un soir du nom curieux de la ville qu'elle avait traversé le jour même : APT dit-elle en épelant le nom qu'elle n'avait su prononcer autrement.

2 avr. 2010

De l'expansion de l'univers

Le lecteur a peut-être mis sur le compte de ma fantaisie le fait que j'aie pu écrire du cinéma de Die qu'il éveillait quelque réminiscence de Bruxelles. J'y reviens donc pour préciser mon intuition. Cela tient beaucoup aux sonorités des noms.

Qui a séjourné à Bruxelles se souvient toute sa vie de Ma campagne dont je n'ai jamais réellement su, parce que la lacune me comblait, s'il était seulement le nom d'un carrefour comme, par exemple, Les Quatre Chemins au Creusot ou, par extension celui du quartier alentour. De Ma campagne, en se laissant glisser vers Saint-Gilles, qui était ma commune (à Paris on dit mon arrondissement), on croise à hauteur intermédiaire, après un cheminement en zig zag, La barrière. Enfin, en dépassant Saint-Gilles par sud, sud-est, en dessinant donc une grande lune sur la carte, on atteint Forrest, qui se dit Forêt, le charme du nom résidant entièrement dans son s muet qui, s'il devait s'entendre, nous emmènerait illico chez Robin des Bois ce qui ne manquerait pas de provoquer la rencontre du troisième type. A ce propos, puisqu'on en est à prêter oreille aux aux petites anglaises, imaginez la tête d'Anglais arrivant dans la capitale dioise lorsqu'ils aperçoivent le panneau Die. De là vient sans doute qu'ils sont plus nombreux en Ardèche, sur la côte d'Azur, dans le Périgord et dans toute autre région de France qui sait dire welcome, même avec un accent à couper au couteau.

Si le lecteur m'a suivi jusqu'ici, et j'encourage celui qui découvre ce blog à faire preuve de perspicacité, il en a déduit que Bruxelles et Die participent de la même géopoétique. Et s'il a quelque notion d'astrophysique, il a entendu parler de l'expansion de l'univers. Die, capitale du Diois, dix mille habitants à l'intérieur d'un cercle de cent kilomètres de diamètre, est un quartier de Bruxelles que l'expansion de l'univers a étiré exilé dans une magnifique solitude éthérée.