17 mars 2010

Une nuit à l'opéra


Je voulais filer longtemps la fiction du critique qui écrit sur le cinéma sans aller voir les films. Mais hier, en sortant du travail, car j'en ai un, depuis peu de temps il est vrai, et après avoir visité la petite boutique d'un artisan qui vend et installe des poêles à bois norvégiens pour les besoins de ses concitoyens diois, je me suis rendu de nouveau au cinéma Le Pestel distant de quelque 300 mètres, que j'avais repéré une première fois la semaine passée (voir par ailleurs dans nos archives)... Je me connais assez pour imaginer que les deux sorties (le magasin de poêles norvégiens et le cinéma) n'en formaient en réalité qu'une seule, de sorte que je puis dire que les pas qui m'ont mené dans le premier lieu avant de me mener dans le second étaient guidés par une même rêverie de recommencement. Cela explique sans doute la facilité avec laquelle j'ai noué conversation avec l'artisan chauffagiste puis ensuite avec le projectionniste et sa collègue aux cheveux roux, non pas comme quelqu'un qui arrive en terre conquise, plus précisément comme un homme débarquant en terra incognita, ayant laissé dans ses bagages ses codes habituels de bonne conduite dont on sait qu'ils sont un frein à la découverte de toute espèce de nouveauté. Certes, un jour les bagages seront défaits et l'on verra alors si on a vraiment recommencé sa vie ou seulement ressenti la furtive sensation d'inconnu liée à la circonstance d'un moment, d'une humeur. Faites l'expérience d'acheter un poêle à bois, allez ensuite voir un film dans le cinéma le plus proche, et n'oubliez pas de me faire un rapport circonstancié. Nous ne sommes jamais de trop pour examiner le mécanisme de l'existence humaine
La projection avait débuté depuis dix minutes quand je suis arrivé dans le hall du Pestel. "Ici on commence toujours à l'heure", me dit le projectionniste : un jour très prochain, je connaîtrai son prénom. "Il n'y a pas de pub", fut l'autre précision qui me convainquit d'aller voir quand même le film. Il vaut mieux arriver en retard de dix minutes à une séance sans pub dans le seul cinéma du Diois, qu'arriver à l'heure dans l'un des 383 établissements de Paris ou, pour le dire autrement dans l'un des 75154 fauteuils de cinéma de la capitale de la France (200 fauteuils dans le cinéma de Die, un seul écran).
J'eus raison de suivre mon intuition car, à la sortie du film, je ne fus nullement frustré d'avoir manqué le début et ce, malgré que je fusse à peu près certain que le meilleur était au début. Mais je parlerai plus longuement des films bientôt, et donne rendez-vous au lecteur qui voudra bien me suivre dans Ciné Dié, rubrique Sentiers sous la neige. Oui, 45 minutes seulement séparaient la fin du premier film du commencement du second : occasion m'était donnée d'être à l'heure à la dernière séance (20h30). Je restai donc au bar ce qui fit instantanément de moi un pilier de bar du Pestel, tant il est vrai, d'après ce que j'ai pu observer, que ce lieu appelé bar n'est pas vécu comme tel par les habitants de Die. Certains spectateurs et spectatrices avec qui j'échangeai en me fondant dans le décor (et ce n'est pas facile dans le Diois quand on a un père d'origine Thaï Deng) exprimaient la ferme intention de revenir à la séance suivante, mais aucun ne choisit de rester. Je me retrouvai seul avec le projectionniste, coopté compagnon de bar, homme tranquille qui me laissa être dans les dispositions qui étaient les miennes. Je bus deux bières Saison Dupont, biologiques comme il se doit, et trompai ma faim avec des chips, non biologiques et fort salées comme il se doit. Je fus enfin rejoint, après une demi-heure d'attente, par les premiers spectateur du soir. Une dame essaya de calmer mes ardeurs à la blague facile en prenant les autres spectateurs à témoin : "Ho, là, garçon, je pourrais être ta mère, un peu de respect !" En réalité, elle aurait pu être ma grand-mère, de là sans doute que j'étais assez à l'aise avec elle. Tout avait commencé quand elle m'avait demandé si ma bière biologique était bonne. Comme il m'en restait un demi-verre, je lui proposai de la goûter. Elle s'exécuta sans gêne mais avec  une politesse par trop visible. J'insistai pour qu'elle finît le verre, ainsi de suite !
Pour finir, les titres des films que j'ai vus : La vie privée de Sherlock Holmes, Billy Wilder 1970 ; Sherlock Holmes, Guy Ritchie, 2010.

Premières images du Sherlock de Wilder que j'ai vu en pénétrant dans la salle. 35 Scope splendide. Watson et Holmes sont à l'opéra. Le docteur est au comble du bonheur. Le détective s'ennuie ferme. Phrase de Holmes qui m'a frappé et reste en mémoire : Je n'accepte rien qui ne soit extraordinaire.

Le projecteur 35 du Pestel qui, dans sa forme, n'est pas sans rappeler un poêle à bois.
Bientôt (d'ici 3 ans ?) remplacé par un lecteur de fichiers encore plus gros. Les films arriveront par téléchargement.

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