6 mars 2010

Le château dans le ciel

Monsieur Marron habite Marseille, il achète un vélo sur internet. Il pense à la formule "les amis de mes amis sont mes amis", de laquelle il déduit "le voisinage de mes amis, est mon voisinage". Il dit "un jour, en descendant à Marseille, tu peux aller prendre le vélo que j'ai acheté ? c'est pas loin de chez toi..." On ne refuse rien à Monsieur Marron, parce que lui-même donne beaucoup. On lui dit "bien sûr, ça me fera une ballade dans le Vercors." Disant cela, on fait abstraction de tout ce que contient le mot réalité. Et puis, on laisse traîner, de toute façon, on sait qu'aucun besoin n'a commandé à l'achat du vélo. Un vélo de la poste, jaune, de la marque Peugeot, avec La poste écrit sur le cadre, ça fait rêver.
Un jour, le printemps est là, on se dit "mercredi prochain, je vais aller chercher le vélo de Monsieur Marron." Quand arrive le mercredi, le printemps a laissé la place à la fin de l'hiver. Et la fin de l'hiver d'ici, c'est comme la croûte du munster : bien plus rude que le coeur. C'est sans doute ce qui a attiré la P'tite. Il est vrai que la veille, c'était encore le printemps. Je viens avec toi dans le Vercors. Elle débarque donc le J (boulées de Mars). Pas tout à fait à la gare d'ici, l'interconnexion avec la vallée du Rhône ayant été annulée... Je vais la chercher à Montélimar. Depuis Die, c'est tout droit en suivant la Drôme. De toute façon, il pleuvait tellement que les virages pouvaient bien tourner, ils ne différaient guère visuellement des lignes droites. Deux heures après, j'étais revenu à Die avec la P'tite. Frigorifiée. On a acheté des fromages de chèvre et du pain au marché. Nos provisions pour affronter le Vercors dont rien n'apparaissait depuis la vallée.
Si je n'avais pas décidé d'aller chercher le vélo de Monsieur Marron, il est certain que je n'aurais rien eu à raconter de ce jour de pluie, de froid et de brouillard. La montée vers le col de Rousset fut un beau remake du film de Miyazaki, Le château dans le ciel. Ma super 5 rouge en guise de montgolfière, nous montions lentement à travers les couches successives de nuage. Le paysage se dévoilait soudainement dans toute sa splendeur avant de disparaître. Et la pluie lourde du bas s'allégeait au fur et à mesure que nous gagnions les altitudes pour n'être plus qu'un crachin breton après la bascule sur le plateau. Enfin, il conviendrait de raconter le retour avec un haïku. Qu'il convient surtout de ne pas chercher à écrire.
La semaine prochaine, Monsieur Marron aura son vélo.

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