20 mars 2010

Monsieur Bovary

L'écriture est un regard.
La proposition inversée est vraie aussi.

Il faudrait ouvrir le jeu à tous les autres sens.
Entendre, toucher, sentir.

Ainsi de toutes les nuances qu'il est possible de distinguer avec le verbe entendre, selon qu'il s'applique à des sons ou à du sens.
Les Espagnols ont gardé la distinction ouïr / entendre, les Français ont préféré jouer de l'ambiguïté,
selon leurs besoins oratoires qui sont nombreux.
Faire la sourde oreille ne s'applique qu'à du sens. Pas à de la musique.
Et que veut dire Garel quand il titre son film "J'entends plus la guitare" ? D'où vient l'étrangeté de ce titre ?

Le français utilise très souvent entendre à la manière espagnole : en substantif quand il est question d'entendement, par exemple... et dans la vie courante, quand je dis à l'autre "tu m'entends", c'est moins pour m'assurer de son audition que de son entendement.

Alors, oui, l'écriture est regard et entendement.
Et sentiment, et touchement.
Reniflement.

Je n'aime pas les smileys tout faits qu'on place d'un clic dans une conversation électronique...
En revanche, j'aime bien quand les gens tapent des émoticônes avec les caractères de leur clavier...

;-)


Je les aime d'autant plus désormais qu'il m'a fallu des années avant de comprendre que dans  ces signes étranges il y avait communication et donc écriture. Longtemps, en effet, outre que je me suis levé de bonne heure (oui, j'ai déjà fait cette blague, mais la répétition est une forme de signature) j'ai mis sur le compte des incompatibilité de format et autres codecs et autre et autres fumisteries informatiques ces dysfonctionnement calligraphiques.

:-o

Enfin, ce qui achève de me faire aimer ces bestioles, c'est la nécessité de pencher l'oreille gauche vers l'épaule gauche pour les lire dans le bon sens et donc les voir réellement dans la plénitude de mon entendement. Le violoniste fait de même pour faire chanter son Stradivarius.

Les jours de torticolis, on peut aussi pencher son écran. S'il est de téléphone portable, c'est encore plus facile.

Lire, c'est regarder le monde par ricochet.
J'aimerais qu'il en soit ainsi pour mes lecteurs, chère Juliette. Mais je rêve surtout que mon style puisse générer quinze rebonds à la surface de l'eau (souvenir de lecture du Vendredi de Tournier : le sauvage était capable d'un tel exploit qui exacerbait le désir érotique de son maître... quand on sait que la mer n'est jamais assez calme pour être aussi plate que l'eau du lac d'Evian, on mesure mieux la difficulté de faire quinze ricochets avec une seule pierre).

Déformation passionnelle (pas professionnelle), pour moi, lire c'est écrire par procuration... J'aime bien lire Madame Bovary comme si je relisais un manuscrit. C'est plaisant et coûte moins d'efforts qu'il n'en a coûté à Flaubert pour l'écrire réellement.

2 commentaires:

  1. 20 mars
    Un p'tit crème, s'il vous plait !

    Jouons alors avec SENTIR en ce jour de printemps. Car le calendrier nous en convainc : c'est aujourd'hui même qu' a ou aura lieu – je n'ai pas vérifié l'heure – l'équinoxe de printemps. Un instant abstrait que je me figure fugitif, de basculement.
    L'as-tu senti cher ami ? L'hiver est derrière nous. Nous ne nous perdrons plus dans les bois glacés ni sur des routes ocres à mille milles de toute terre habitée.

    Et que doit sentir le printemps dans l'imaginaire collectif occidental ? Car il est sans doute prudent de penser que les cultures varient.
    Devant nous donc : fleurs, douceur de l'air, réveils de toute sortes, amour, couleurs, mouvement, vie.
    Joli programme.
    Qui parfois s'enraye …. c'est au printemps paraît-il qu'on se suicide le plus.
    Sentir, ressentir … L'autre est une énigme. Passionnante bien que parfois déconcertante.
    La langue a décidément de délicieuses hésitations entre les sens. Ce que ressent l'autre me touche, si tu vois ce que j'entends par là …

    Francis Hallé, botaniste enthousiaste et spécialiste des Tropiques – mais surtout bel humaniste - faisait l'autre matin chez Ruth Stégassi sur France Culture l'hypothèse que le climat y est pour quelque chose dans ce qui décide les humains à agir, à intervenir ou non sur leurs conditions d'existence. Quand je serai riche, je m'offrirai son dernier livre : "La Condition tropicale. Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes" (Actes Sud, 2010)
    J'aime à penser que nous sommes fort peu déterminés par notre nature d'humains, que la marge d'autodétermination reste grande, qu'il m'appartient de ne pas reproduire tel trait de mes ancêtre si je le juge inapproprié à la vie que j'entends mener. Que je me fabrique au choix, enfer ou paradis.
    Mais que ma « nature » ne me mène pas par le bout du nez n'empêche pas la Nature, ce bout de planète où finit mon exil chaque fois que je me pose un peu longuement quelque part, d'influer sur mon comportement.
    Francis Hallé a parsemé mon esprit de points d'interrogation. Et si cet élan vers les arbres à tailler, vers le jardin à semer de nouveau, vers de gais projets multiples, si cette odeur de printemps qui enchante, les jours qui rallongent, le ravissement devant les premières chauves souris et leur élégance crépusculaire, si tous ces signes que ma culture judéo-chrétienne occidentale me fait interpréter comme prometteurs n'étaient que l'expression de mon ancrage en pays tempéré ?
    Dans l'hypothèse Hallé, quand tous les jours, toutes les nuits se succèdent également, la vie durant, comme sous les Tropiques, rien ne pousse à créer du nouveau : une petite révolution par ci, une grande invention par là …
    Alors prenons le printemps comme nous le sentons à défaut de tout comprendre.
    Moi je filerai au jardin.

    Joyeux printemps !

    juliette

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour le mode d'emploi de l'émoticône qui restait très énigmatique pour moi. Mes cervicales rongées d'arthrose refusant toute oblique (d'où l'obligation d'être parfaitement au centre d'une salle de cinéma) et mon écran d'ordinateur étant antique, donc lourd, je m'interrogeais depuis longtemps sur cet usage étrange de la ponctuation qui est, par ailleurs, une mes grandes passions... surtout la virgule, bien entendu

    RépondreSupprimer