31 mars 2010

L'heure d'été (Jeanne à Die)

Je venais de consulter le garagiste, ma voiture ayant des sortes de quintes de toux (petites percussions métalliques conclues par une explosion et un noir bouquet de fumée aperçu dans le rétroviseur) lorsque je pris le chemin du Pestel. Que ma voiture pût tomber en panne n'importe où et n'importe quand ne justifiait pas que je dusse rentrer à la maison, même pour me régaler avec les huîtres et le chais du grillon (petit côte du ventoux blanc) que je venais d'acheter. La veille j'avais fait à l'aube la traversée du Vercors pour arriver juste à l'heure au travail, l'avant-veille au soir j'avais prolongé de cent kilomètres un voyage de trois cents, la nuit déjà bien entamée par l'heure d'été pour faire à mes amies de l'Autre Côté du Vercors une surprise qui m'a (nous a) valu le joli petit éloge de la surprise de Juliette. Un jour, je vous parlerai de Rosalba, l'amie absolue qui fut la raison de ma fantaisie automobile : je ne pouvais pas manquer d'aller la saluer dès lors que je sus qu'elle était "là". (Rosalba, pour me dire au revoir me prend dans ses bras et me garde longtemps dans ce cercle de bonheur...). Pour l'heure, revenons à ce que je veux vous conter aujourd'hui, ma visite d'hier soir au cinéma Le Pestel, lieu qui n'est pas sans éveiller chez moi quelque réminiscence indéfinissable de Bruxelles par son animation tranquille, la fluidité des relations et une désuétude heureuse qui est bien plus que la nostalgie d'un bonheur révolu. Comme les fois précédentes, je n'allai pas voir un film mais j'allai au cinéma, nuance sur laquelle je voudrais que mes lecteurs s'attardent un peu, au moins le temps d'en comprendre pleinement le sens. Cela m'évitera de développer davantage, façon étudiant en sémiologie ou en ethnologie. Enfin, il est bon que je ne sois pas le seul à travailler, même si le vrai mot pour désigner mon travail d'écriture est promenade. Dix-huit heures étaient passées de quelques minutes lorsque je pénétrai dans le hall, le film venait d'être lancé, je n'hésitai pas à prendre un ticket, en réalité une carte d'abonnement pour dix séances au prix de quarante-huit euros. Le film au programme (affiché sur la baie vitrée de l'entrée) avait pour magnifique titre "Ne change rien". Je découvris le nom de l'auteur dans le même instant : Pedro Costa. Je n'en savais pas plus que pour le Sherlock Holmes de Billy Wilder au moment d'aller voir le film. J'étais pareillement en retard. Je ne me précipitai pas pour autant pour rattraper l'irrattrapable. La porte de la cabine de projection était ouverte. Le retour-son était de la même qualité que le son de la salle. J'entendais l'ample musique de Rodolphe Burger transportant comme sur un tapis volant la voix d'une chanteuse dont je n'imaginais pas qu'elle pût s'appeler Jeanne Balibar. Je rentrai dans l'obscurité de la projection. Le noir et blanc de Pedro Costa. Je pris le temps d'accommoder mes yeux pour trouver le meilleur siège à une distance équivalente à 1,33 la longueur de la diagonale de l'écran.

Le film durait 1h47. J'avais manqué six ou sept minutes. Je ne vis pas le temps passer.
Après la projection, je regagnai mon tabouret au bar. D'autres spectateurs s'attardèrent. Le film déliait les paroles. Je me contentai d'écouter. Jean-Claude, grande barbe poivre et sel, était revenu le voir une deuxième fois, en entraînant une amie. Un jeune homme musicien trouvait beaucoup de courage à Jeanne Balibar d'avoir accepté de se montrer dans toute l'étendue de son incompétence de chanteuse, ce qui, selon lui, donnait une grande valeur aux moments de grâce. D'autre spectateurs et trices ne supportaient pas le film à cause de la Jeanne. Le projectionniste n'arrivait pas à dire si elle était une bonne actrice. Il raconta comment Costa avait tourné le film en couleurs avec une caméra numérique, et comment, se trouvant incapable de le monter, il eut l'idée supprimer les couleurs pour en faire un film en noir et blanc : ainsi lui vint le rythme du film.

La suite (sur le film en lui-même) dans Ciné Dié.

29 mars 2010

Petit éloge de la surprise

Une surprise, mettons une bonne surprise, n'est-elle pas une chose infiniment réjouissante ?
Enfin ne pas avoir senti venir, enfin une rupture dans les certitudes du moment, enfin le rappel d'une certaine autonomie du cours des choses !
Parce que c'est un peu fatigant d'avoir toujours raison.
Faire une prévision sur l'avenir - par exemple préparer une bonne soupe pour le soir - tout mettre en oeuvre pour qu'elle se réalise : récolter trois poireaux au jardin, éplucher les carottes, etc, pour constater un temps plus tard que bien entendu la soupe était bonne, c'est s'installer insidieusement dans une tranquillité proche de l'ennui.
Et pas seulement parce que l'exemple choisi est d'une banalité affligeante.
Dans l'acte le plus créatif, l'ennui menace sans imprévu… à moins de baigner dans une autosatisfaction bientôt stérile.
Tandis qu'une bonne surprise lorsqu'elle surgit, outre le plaisir qui l'accompagne - par exemple l'arrivée tardive d'un ami qui s'est bien gardé de prévenir - donne à la soupe un autre goût. Soudain on se réjouit d'en avoir fait un peu trop. La couleur du soir en est changée. On se croyait fatigué, on se découvre une endurance sans l'ombre d'un bâillement.
Tu m'étonnes … je m'étonne !
Merci.

22 mars 2010

Printemps (retour du)

PRINTEMPS POLITIQUE

dimanche 21 mars
Coline Serreau a bien travaillé. Son dernier film est un documentaire réjouissant sur un sujet affligeant.

Solutions locales pour un désordre mondial sortira le 7 avril mais a été offert cet après-midi en avant-première et pour 3,5€ seulement aux habitants de St Marcellin, Isère.

Avec un peu de chance, ceux de Die, Drôme, le verront bientôt à l'affiche du Pestel. Notre ami KSL ne manquera pas j'espère de s'enthousiasmer et d'en rendre compte dans ciné dié.

Ceux qui n'ont pas voté Europe Ecologie la semaine dernière s'en mordront sûrement les doigts. Les autres trouveront dans ce film des bonnes raisons de l'avoir fait. Et tous nous pourrions courir au jardin car l'avenir se joue là.

Il y a fort à parier qu'il ne suffise pas de déposer des bulletins dans l'urne pour que la terre soit encore vivable prochainement.

Mieux vaut y veiller nous-mêmes et redevenir chacun un petit peu paysan. Et toucher la terre qui sent bon le champignon et coule entre les doigts comme du couscous quand elle est fertile.

C'est de saison.

www.solutionslocales-lefilm.com/

Juliette

20 mars 2010

Monsieur Bovary

L'écriture est un regard.
La proposition inversée est vraie aussi.

Il faudrait ouvrir le jeu à tous les autres sens.
Entendre, toucher, sentir.

Ainsi de toutes les nuances qu'il est possible de distinguer avec le verbe entendre, selon qu'il s'applique à des sons ou à du sens.
Les Espagnols ont gardé la distinction ouïr / entendre, les Français ont préféré jouer de l'ambiguïté,
selon leurs besoins oratoires qui sont nombreux.
Faire la sourde oreille ne s'applique qu'à du sens. Pas à de la musique.
Et que veut dire Garel quand il titre son film "J'entends plus la guitare" ? D'où vient l'étrangeté de ce titre ?

Le français utilise très souvent entendre à la manière espagnole : en substantif quand il est question d'entendement, par exemple... et dans la vie courante, quand je dis à l'autre "tu m'entends", c'est moins pour m'assurer de son audition que de son entendement.

Alors, oui, l'écriture est regard et entendement.
Et sentiment, et touchement.
Reniflement.

Je n'aime pas les smileys tout faits qu'on place d'un clic dans une conversation électronique...
En revanche, j'aime bien quand les gens tapent des émoticônes avec les caractères de leur clavier...

;-)


Je les aime d'autant plus désormais qu'il m'a fallu des années avant de comprendre que dans  ces signes étranges il y avait communication et donc écriture. Longtemps, en effet, outre que je me suis levé de bonne heure (oui, j'ai déjà fait cette blague, mais la répétition est une forme de signature) j'ai mis sur le compte des incompatibilité de format et autres codecs et autre et autres fumisteries informatiques ces dysfonctionnement calligraphiques.

:-o

Enfin, ce qui achève de me faire aimer ces bestioles, c'est la nécessité de pencher l'oreille gauche vers l'épaule gauche pour les lire dans le bon sens et donc les voir réellement dans la plénitude de mon entendement. Le violoniste fait de même pour faire chanter son Stradivarius.

Les jours de torticolis, on peut aussi pencher son écran. S'il est de téléphone portable, c'est encore plus facile.

Lire, c'est regarder le monde par ricochet.
J'aimerais qu'il en soit ainsi pour mes lecteurs, chère Juliette. Mais je rêve surtout que mon style puisse générer quinze rebonds à la surface de l'eau (souvenir de lecture du Vendredi de Tournier : le sauvage était capable d'un tel exploit qui exacerbait le désir érotique de son maître... quand on sait que la mer n'est jamais assez calme pour être aussi plate que l'eau du lac d'Evian, on mesure mieux la difficulté de faire quinze ricochets avec une seule pierre).

Déformation passionnelle (pas professionnelle), pour moi, lire c'est écrire par procuration... J'aime bien lire Madame Bovary comme si je relisais un manuscrit. C'est plaisant et coûte moins d'efforts qu'il n'en a coûté à Flaubert pour l'écrire réellement.

18 mars 2010

Mots reçus de Juliette en commentaire de mon article daté du 10 mars 2010 intitulé "Sentiers sous la neige"

J'avais envie que ce texte soit lu comme un article en soi. 
Philosophie de comptoir
Sommes-nous d'accord ? : l'écriture est un regard.
Par suite, lire l'autre est une façon de plonger son regard dans le sien. Mais avec un certain décalage. Et discrètement.
Une façon également de lire le monde par ses yeux, dans l'étrangeté ou la communion, sans compter les intermédiaires …
Lire, c'est regarder le monde par ricochet. Premier ploc! l'autre. Deuxième ploc! le monde selon l'autre. Ou l'inverse. Qui sait ce qui surgit d'abord.
Le monde de l'autre change ma vision du monde.
Peut-être.
Un blog surgit. Un commentaire est possible. Puis-je à mon tour interférer ?
Peut-être.
….Marcheur du soir, tu as pensé au loup en grimpant dans la nuit banche et obscure vers les Terres Rouges le mois dernier. La solitude ( des espaces infinis,etc…) est effrayante à condition d'y songer. Surtout lorsqu'elle est peuplée d'êtres invisibles. Tu aurais pu te méfier du sanglier, le chevreuil, lui, semblant plus inoffensif et le grand méchant cerf, probablement le seul réellement dangereux, n'ayant pas encore été observé dans ces pentes. Les grands oiseaux de nuit, eux, ne s'intéressent pas aux petits laotiens.
Voici un conseil, fruit de l'expérience : une prochaine fois, va, récitant tes classiques à voix haute, en boucle si ta mémoire défaille, Dante, par exemple, réussit assez bien, et sans compter le potentiel rassurant du son de ta propre voix, légèrement étouffé lorsqu'il buttera contre les pins chargés de neige, tu seras assuré de provoquer la fuite tranquille mais certaine des promeneurs du soir égarés dans les mêmes parages.
Le goût du Porto se maintient, en dehors des situations critiques. Mais jamais pin ne devient sapin.

17 mars 2010

Une nuit à l'opéra


Je voulais filer longtemps la fiction du critique qui écrit sur le cinéma sans aller voir les films. Mais hier, en sortant du travail, car j'en ai un, depuis peu de temps il est vrai, et après avoir visité la petite boutique d'un artisan qui vend et installe des poêles à bois norvégiens pour les besoins de ses concitoyens diois, je me suis rendu de nouveau au cinéma Le Pestel distant de quelque 300 mètres, que j'avais repéré une première fois la semaine passée (voir par ailleurs dans nos archives)... Je me connais assez pour imaginer que les deux sorties (le magasin de poêles norvégiens et le cinéma) n'en formaient en réalité qu'une seule, de sorte que je puis dire que les pas qui m'ont mené dans le premier lieu avant de me mener dans le second étaient guidés par une même rêverie de recommencement. Cela explique sans doute la facilité avec laquelle j'ai noué conversation avec l'artisan chauffagiste puis ensuite avec le projectionniste et sa collègue aux cheveux roux, non pas comme quelqu'un qui arrive en terre conquise, plus précisément comme un homme débarquant en terra incognita, ayant laissé dans ses bagages ses codes habituels de bonne conduite dont on sait qu'ils sont un frein à la découverte de toute espèce de nouveauté. Certes, un jour les bagages seront défaits et l'on verra alors si on a vraiment recommencé sa vie ou seulement ressenti la furtive sensation d'inconnu liée à la circonstance d'un moment, d'une humeur. Faites l'expérience d'acheter un poêle à bois, allez ensuite voir un film dans le cinéma le plus proche, et n'oubliez pas de me faire un rapport circonstancié. Nous ne sommes jamais de trop pour examiner le mécanisme de l'existence humaine
La projection avait débuté depuis dix minutes quand je suis arrivé dans le hall du Pestel. "Ici on commence toujours à l'heure", me dit le projectionniste : un jour très prochain, je connaîtrai son prénom. "Il n'y a pas de pub", fut l'autre précision qui me convainquit d'aller voir quand même le film. Il vaut mieux arriver en retard de dix minutes à une séance sans pub dans le seul cinéma du Diois, qu'arriver à l'heure dans l'un des 383 établissements de Paris ou, pour le dire autrement dans l'un des 75154 fauteuils de cinéma de la capitale de la France (200 fauteuils dans le cinéma de Die, un seul écran).
J'eus raison de suivre mon intuition car, à la sortie du film, je ne fus nullement frustré d'avoir manqué le début et ce, malgré que je fusse à peu près certain que le meilleur était au début. Mais je parlerai plus longuement des films bientôt, et donne rendez-vous au lecteur qui voudra bien me suivre dans Ciné Dié, rubrique Sentiers sous la neige. Oui, 45 minutes seulement séparaient la fin du premier film du commencement du second : occasion m'était donnée d'être à l'heure à la dernière séance (20h30). Je restai donc au bar ce qui fit instantanément de moi un pilier de bar du Pestel, tant il est vrai, d'après ce que j'ai pu observer, que ce lieu appelé bar n'est pas vécu comme tel par les habitants de Die. Certains spectateurs et spectatrices avec qui j'échangeai en me fondant dans le décor (et ce n'est pas facile dans le Diois quand on a un père d'origine Thaï Deng) exprimaient la ferme intention de revenir à la séance suivante, mais aucun ne choisit de rester. Je me retrouvai seul avec le projectionniste, coopté compagnon de bar, homme tranquille qui me laissa être dans les dispositions qui étaient les miennes. Je bus deux bières Saison Dupont, biologiques comme il se doit, et trompai ma faim avec des chips, non biologiques et fort salées comme il se doit. Je fus enfin rejoint, après une demi-heure d'attente, par les premiers spectateur du soir. Une dame essaya de calmer mes ardeurs à la blague facile en prenant les autres spectateurs à témoin : "Ho, là, garçon, je pourrais être ta mère, un peu de respect !" En réalité, elle aurait pu être ma grand-mère, de là sans doute que j'étais assez à l'aise avec elle. Tout avait commencé quand elle m'avait demandé si ma bière biologique était bonne. Comme il m'en restait un demi-verre, je lui proposai de la goûter. Elle s'exécuta sans gêne mais avec  une politesse par trop visible. J'insistai pour qu'elle finît le verre, ainsi de suite !
Pour finir, les titres des films que j'ai vus : La vie privée de Sherlock Holmes, Billy Wilder 1970 ; Sherlock Holmes, Guy Ritchie, 2010.

Premières images du Sherlock de Wilder que j'ai vu en pénétrant dans la salle. 35 Scope splendide. Watson et Holmes sont à l'opéra. Le docteur est au comble du bonheur. Le détective s'ennuie ferme. Phrase de Holmes qui m'a frappé et reste en mémoire : Je n'accepte rien qui ne soit extraordinaire.

Le projecteur 35 du Pestel qui, dans sa forme, n'est pas sans rappeler un poêle à bois.
Bientôt (d'ici 3 ans ?) remplacé par un lecteur de fichiers encore plus gros. Les films arriveront par téléchargement.

10 mars 2010

Sentiers sous la neige


"Là-haut, la montagne est silencieuse et déserte.
La neige qui est tombée en abondance ces jours-ci a effacé les sentiers des bergers, les aires des charbonniers, les tranchées de la Grande Guerre et les aventures des chasseurs.
Et c'est sous cette neige que vivent mes souvenirs."

Sentiers sous la neige - Mario Rigoni Stern - 1998

7 mars 2010

snow

 
tombée dans la nuit
la neige propose : son silence
appel du dehors
les rues du village
sans âge et immaculées
loin ma ville natale

croissant et café
la chaleur de l'auberge
douceur de l'exil

6 mars 2010

Le château dans le ciel

Monsieur Marron habite Marseille, il achète un vélo sur internet. Il pense à la formule "les amis de mes amis sont mes amis", de laquelle il déduit "le voisinage de mes amis, est mon voisinage". Il dit "un jour, en descendant à Marseille, tu peux aller prendre le vélo que j'ai acheté ? c'est pas loin de chez toi..." On ne refuse rien à Monsieur Marron, parce que lui-même donne beaucoup. On lui dit "bien sûr, ça me fera une ballade dans le Vercors." Disant cela, on fait abstraction de tout ce que contient le mot réalité. Et puis, on laisse traîner, de toute façon, on sait qu'aucun besoin n'a commandé à l'achat du vélo. Un vélo de la poste, jaune, de la marque Peugeot, avec La poste écrit sur le cadre, ça fait rêver.
Un jour, le printemps est là, on se dit "mercredi prochain, je vais aller chercher le vélo de Monsieur Marron." Quand arrive le mercredi, le printemps a laissé la place à la fin de l'hiver. Et la fin de l'hiver d'ici, c'est comme la croûte du munster : bien plus rude que le coeur. C'est sans doute ce qui a attiré la P'tite. Il est vrai que la veille, c'était encore le printemps. Je viens avec toi dans le Vercors. Elle débarque donc le J (boulées de Mars). Pas tout à fait à la gare d'ici, l'interconnexion avec la vallée du Rhône ayant été annulée... Je vais la chercher à Montélimar. Depuis Die, c'est tout droit en suivant la Drôme. De toute façon, il pleuvait tellement que les virages pouvaient bien tourner, ils ne différaient guère visuellement des lignes droites. Deux heures après, j'étais revenu à Die avec la P'tite. Frigorifiée. On a acheté des fromages de chèvre et du pain au marché. Nos provisions pour affronter le Vercors dont rien n'apparaissait depuis la vallée.
Si je n'avais pas décidé d'aller chercher le vélo de Monsieur Marron, il est certain que je n'aurais rien eu à raconter de ce jour de pluie, de froid et de brouillard. La montée vers le col de Rousset fut un beau remake du film de Miyazaki, Le château dans le ciel. Ma super 5 rouge en guise de montgolfière, nous montions lentement à travers les couches successives de nuage. Le paysage se dévoilait soudainement dans toute sa splendeur avant de disparaître. Et la pluie lourde du bas s'allégeait au fur et à mesure que nous gagnions les altitudes pour n'être plus qu'un crachin breton après la bascule sur le plateau. Enfin, il conviendrait de raconter le retour avec un haïku. Qu'il convient surtout de ne pas chercher à écrire.
La semaine prochaine, Monsieur Marron aura son vélo.